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Le bois dans la transition vers la bioéconomie : naviguer entre opportunités et défis

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Alors que le bois s'impose dans la construction, le textile et l'énergie, la bioéconomie offre la promesse d'un avenir plus durable, à condition que la hausse de la demande ne se fasse pas au détriment des forêts, des droits des communautés et des écosystèmes.
A worker sands a wooden product in a workshop in Yogyakarta, Indonesia.
La transformation du bois ajoute de la valeur aux ressources forestières et est au cœur de la transition vers la bioéconomie. Photo: Aris Sanjaya / CIFOR-ICRAF

[Note de la rédaction : cet article reflète le point de vue personnel de son auteur.]

À mesure que nous opérons la transition indispensable d’une économie fondée sur les combustibles fossiles vers un modèle plus durable, la bioéconomie apparaît comme une voie particulièrement prometteuse. Dans cette transformation, le bois s’impose comme une ressource essentielle : renouvelable, polyvalente, capable de stocker le carbone et d’alimenter la mutation de nombreux secteurs, de la construction au textile.

Le matériau de construction idéal offert par la nature 

​​Aujourd’hui, le bois n’est plus seulement un matériau de charpente : il est devenu un matériau moderne qui stimule l’innovation dans de multiples industries. Dans le secteur de la construction, les produits en bois d’ingénierie, tels que le bois massif et le bois lamellé-croisé, constituent des alternatives à faible empreinte carbone à l’acier et au béton. Ces solutions permettent non seulement de réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi d’améliorer les performances thermiques des bâtiments. Les bâtiments en bois atteignent ainsi de nouveaux sommets, tant au sens propre qu’en termes d’ambition.

Dans le domaine de la science des matériaux, les avancées réalisées dans les composites de nouvelle génération, les textiles à base de pâte de bois, la nano cellulose, les dérivés de la lignine et même les composants en bois destinés aux satellites élargissent sans cesse les possibilités d’utilisation du bois. En matière de biochimie et de bioénergie, le bois devient une matière première essentielle pour produire des carburants renouvelables et des produits chimiques verts, contribuant ainsi à remplacer les intrants issus des énergies fossiles. Son potentiel est immense et ne relève plus de la simple théorie.

Le marché des textiles cellulosiques devrait presque doubler, passant de 35,2 milliards de dollars américains en 2020 à 70,1 milliards de dollars d’ici 2030. De même, le marché de l’énergie issue de la biomasse ligneuse pourrait progresser de 55,3 milliards de dollars à près de 99 milliards de dollars sur la même période. Il ne s’agit pas de simples évolutions marginales, mais bien des signes d’une profonde reconfiguration de l’économie des matériaux, à mesure que les industries reconnaissent la polyvalence du bois et ses avantages environnementaux.

L’argument climatique est tout aussi convaincant. L’utilisation d’une tonne de bois dans la construction permet d’éviter environ 2,2 tonnes d’émissions de CO₂ par rapport à l’utilisation de ciment Portland. Le bois lamellé-croisé (CLT) n’émet qu’environ 100 kg de CO₂ par mètre cube, contre 2 800 kg pour l’acier et 410 kg pour le béton.

L’ampleur de la demande future

​​​Mais avec les opportunités vient aussi un sentiment d’urgence. Si le bois doit devenir le pilier de la transition vers la bioéconomie, une question essentielle s’impose : d’où viendra tout ce bois ?​​

En 2020, la consommation mondiale de bois s’élevait à environ 4,2 milliards de mètres cubes, répartis entre les usages industriels et la bioénergie. Les pays du Nord consomment nettement plus de bois rond industriel par habitant que ceux du Sud, tandis que les pays du Sud dépendent fortement du bois comme source d’énergie domestique, souvent dans des systèmes à faible rendement.

Dans les pays du Nord, le bois rond industriel est principalement utilisé pour produire du bois d’œuvre scié, des panneaux et du papier. À l’inverse, dans les pays du Sud, environ 85 % du bois est utilisé comme combustible domestique, généralement dans des systèmes dont le rendement énergétique n’atteint que 10 à 20 %.

A stack of fuelwood is stored under a simple shelter in Kenya.
Bois de chauffage stocké au Kenya. Photo : Anthony Ochieng / CIFOR-ICRAF
A person places pieces of wood into a household cookstove in the Democratic Republic of the Congo.
Le bois est utilisé pour la cuisson dans un ménage en République démocratique du Congo. Photo : Axel Fassio / CIFOR-ICRAF

À l’horizon 2050, un scénario de « statu quo » prévoit une augmentation de la demande mondiale de bois à environ 4,9 milliards de mètres cubes, principalement sous l’effet de la croissance démographique dans les pays du Sud. Toutefois, si l’on ajoute l’expansion attendue de la bioéconomie, les systèmes d’approvisionnement subiront une pression considérable. Les estimations indiquent qu’il faudra produire 1,5 à 2,5 milliards de mètres cubes supplémentaires par an d’ici à 2050, principalement pour répondre à la demande croissante en matériaux de construction, en bioénergie, en produits biochimiques et en textiles. Au total, la demande mondiale — en combinant le scénario de statu quo et la croissance de la bioéconomie — pourrait dépasser les 7 milliards de mètres cubes d’ici le milieu du siècle.

Répondre à cette demande croissante exigera une approche à plusieurs volets, allant bien au-delà des forêts déjà dédiées à la production de bois. Il faudra mobiliser un ensemble plus large de solutions durables. Parmi les pistes envisageables figurent l’amélioration durable des rendements dans les forêts de production existantes, l’expansion des plantations forestières (qui pourrait nécessiter 120 à 150 millions d’hectares supplémentaires), le développement du potentiel des systèmes agroforestiers, l’amélioration de l’efficacité, notamment dans l’utilisation de la bioénergie, ainsi que la restauration des terres dégradées pour la production de bois.

Cependant, chacune de ces solutions comporte son lot de défis. La concurrence pour l’accès aux terres — notamment avec la production alimentaire, la conservation de la biodiversité, la gestion des ressources en eau et, surtout, le respect des droits fonciers des peuples autochtones et des communautés locales — devra être soigneusement prise en compte. En outre, il sera indispensable de limiter les risques environnementaux liés à une intensification de l’exploitation du bois, notamment la déforestation, la dégradation des sols, la pollution de l’eau, tout en veillant à ce que les bénéfices en matière de stockage du carbone soient réels et vérifiables.

Coffee agroforestry farm in Yangambi, DRC.
Une exploitation caféière agroforestière à Yangambi, en République démocratique du Congo. Photo : Axel Fassio / CIFOR-ICRAF

Un appel en faveur de solutions durables et équitables 

​​Une bioéconomie fondée sur le bois nécessitera des cadres politiques solides ainsi qu’un engagement ferme en faveur de la durabilité. Cela implique notamment la mise en place de systèmes de certification obligatoires et le renforcement de la surveillance des forêts, l’arrêt de la déforestation et la protection des forêts primaires, l’intégration du carbone forestier dans les mécanismes de tarification, le renforcement de la gouvernance et l’harmonisation des normes de durabilité à l’échelle internationale, la reconnaissance juridique des droits des communautés locales et un partage équitable des bénéfices, ainsi que des investissements destinés à améliorer l’efficacité et à réduire les pertes tout au long des chaînes de valeur.

La transition vers une bioéconomie offre d’immenses perspectives, le bois en constituant l’un des principaux piliers. Toutefois, nous avons la responsabilité de conduire cette transition avec discernement. Nous avons besoin de davantage de forêts et d’arbres, gérés de manière durable et équitable. Nous avons également le devoir moral de rester optimistes et de contribuer activement à bâtir un avenir dans lequel les forêts et les paysages améliorent à la fois la qualité de l’environnement et le bien-être des populations.