S’étendant à travers l’Afrique centrale, le bassin du Congo est souvent présenté comme la deuxième plus grande forêt tropicale humide du monde après l’Amazonie. Il abrite une biodiversité exceptionnelle et fournit des ressources essentielles à des millions de personnes qui en dépendent pour leur alimentation, leurs revenus et d’autres besoins fondamentaux.
Au fil des années, les pays de la région ont signé et ratifié des accords internationaux visant à protéger ces forêts et à répondre aux défis et aux pressions environnementales auxquels elles sont confrontées. Les gouvernements se sont engagés dans de nombreux cadres mondiaux et régionaux portant notamment sur le changement climatique, la conservation de la biodiversité et la lutte contre l’exploitation forestière illégale.
Mais signer un accord n’est que le début.
Le nouveau rapport État des forêts du bassin du Congo 2025 (EDF 2025) examine ce qui se passe une fois ces engagements pris. Il évalue dans quelle mesure les accords sont effectivement mis en œuvre et s’ils produisent les résultats escomptés.
Cette approche fait de l’édition 2025 l’une des plus singulières de l’histoire de la série État des forêts.
Des tendances forestières à la gouvernance environnementale
Les éditions précédentes étaient principalement consacrées à l’état des forêts de la région, en examinant des questions telles que les ressources forestières, les changements d’utilisation des terres, les concessions forestières et la restauration. L’édition de cette année adopte une approche différente en mettant l’accent sur les systèmes de gouvernance censés assurer leur protection.
Le rapport examine comment les pays d’Afrique centrale traduisent les engagements environnementaux internationaux en politiques, institutions, investissements et actions concrètes.
Publié en français, cet ouvrage de 13 chapitres, sous-titré « Mise en œuvre des conventions internationales sur l’environnement et les forêts », évalue la mise en œuvre de plusieurs accords majeurs, notamment l’Accord de Paris, la Convention sur la diversité biologique, la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification et la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Il examine également les accords de partenariat volontaires relatifs à la gouvernance forestière ainsi que plusieurs traités régionaux élaborés dans le cadre de la coopération en Afrique centrale.
En analysant la manière dont les accords environnementaux interagissent avec les droits humains, les peuples autochtones et les communautés locales, le rapport propose une lecture globale des systèmes juridiques, institutionnels, sociaux et politiques qui façonnent l’avenir du bassin du Congo.
Des personnes puisent de l’eau et vaquent à leurs activités quotidiennes le long d’une berge en République démocratique du Congo. Photo : Axel Fassio / Landscape Alliance.
Pourquoi cette question est-elle importante aujourd’hui ?
Les gouvernements du monde entier prennent des engagements de plus en plus ambitieux pour répondre aux pressions environnementales et promouvoir le développement durable. Pourtant, les pressions liées à la déforestation persistent, la biodiversité continue de décliner et de nombreuses communautés tributaires des forêts restent confrontées à des difficultés économiques. Les gouvernements doivent désormais trouver un équilibre entre les objectifs de conservation et les besoins de développement, tout en composant avec des ressources financières limitées et des systèmes de gouvernance complexes.
Le rapport identifie la mise en œuvre effective des engagements comme l’un des principaux défis auxquels la région est confrontée. Bien que les situations varient d’un pays d’Afrique centrale à l’autre, de nombreux gouvernements peinent à traduire les engagements internationaux en politiques nationales opérationnelles et en actions concrètes. Ce décalage entre les ambitions et leur mise en œuvre continue de freiner les progrès.
« Ce volume s’inscrit dans un contexte mondial marqué par une augmentation des engagements en faveur du climat, une prise de conscience croissante des enjeux liés à la biodiversité, mais aussi par une multiplication des crises économiques et politiques qui compliquent les conditions de mise en œuvre des normes environnementales », explique Abdon Awono, coordinateur du projet Observatoire des forêts d’Afrique centrale – Centre d’excellence (OFAC-CE) au sein de Landscape Alliance. « En Afrique centrale, ces tensions se traduisent souvent par des arbitrages difficiles entre les exigences de conservation des écosystèmes et les impératifs de croissance économique, de souveraineté nationale ou de justice sociale. Ainsi, malgré la multiplication des réglementations, les résultats attendus en matière de lutte contre la déforestation, de renforcement de la gouvernance forestière ou de valorisation des services écosystémiques peinent à se concrétiser. »
Le rapport met en évidence des obstacles persistants, notamment la difficulté à concilier les attentes internationales avec les réalités nationales. Il reconnaît également les progrès importants accomplis par les pays de la région. Ses recommandations appellent à renforcer la gouvernance environnementale, à améliorer la coordination entre les institutions et à mettre en place des mesures permettant de garantir que les accords internationaux produisent des bénéfices tangibles pour les forêts et les populations.
Alors que l’attention internationale se tourne de plus en plus vers le bassin du Congo, l’EDF 2025 livre une conclusion claire : protéger l’un des plus vastes paysages de forêts tropicales de la planète nécessite davantage que des promesses. Il faut des actions concrètes, de la redevabilité et un engagement politique durable.


Un effort collaboratif à l’échelle régionale
Produit par l’OFAC, l’unité technique de la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC), le rapport 2025 s’appuie sur les compétences et l’expérience d’acteurs issus de l’ensemble de l’Afrique centrale.
Des chercheurs, des experts juridiques, des décideurs politiques, des organisations régionales et des acteurs de la société civile ont contribué à cette publication.
Les institutions participantes sont établies au Cameroun, en République du Congo, en République démocratique du Congo, au Gabon, en République centrafricaine, en Guinée équatoriale, au Tchad, au Rwanda et au Burundi.








