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Quand planter devient une décision, et non un pari

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Les informations climatiques aident les riziculteurs à améliorer leurs récoltes et à renforcer la sécurité alimentaire dans le nord de la Côte d’Ivoire.
Rice grains collected after harvest, held over a rice sack.
Riz pluvial récolté par un agriculteur soutenu par le projet à Oualeguera, après avoir respecté les fenêtres de semis recommandées dans les conseils agrométéorologiques. Photo : Gilberte Koffi / Landscape Alliance.

« Le meilleur engrais d’un agriculteur, c’est de connaître le calendrier agricole », affirme Touré Kignelman Pierre, riziculteur et traducteur des conseils agrométéorologiques en langue locale.

À Toumbokaha et dans les villages environnants du département de Katiola, dans le nord de la Côte d’Ivoire, ce dicton guide désormais les décisions agricoles. Une étude publiée en 2020 dans Agronomie Africaine, fondée sur 37 années de données météorologiques du centre de la Côte d’Ivoire, a montré que les débuts tardifs et variables de la saison des pluies, les faux départs des pluies, les saisons pluvieuses plus courtes, les sécheresses saisonnières et les déficits hydriques constituent des risques pour la riziculture pluviale, notamment en raison d’un mauvais choix de la période de semis.

Le Programme d’appui au développement des filières agricoles (PADFA), avec l’appui technique de Landscape Alliance, aide les communautés agricoles à faire face à ces risques en améliorant leur accès aux informations agrométéorologiques, en les traduisant dans les langues locales et en encourageant les agriculteurs à les prendre en compte dans leurs décisions de semis.

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Quand des pluies imprévisibles ont éloigné les agriculteurs du riz pluvial

Agriculteur depuis la fin des années 1980, Touré a progressivement associé la culture du riz pluvial à des pertes répétées et a finalement cessé de la pratiquer en 1998. Comme beaucoup d’agriculteurs du nord de la Côte d’Ivoire, il s’appuyait largement sur les pratiques de semis transmises de génération en génération, sans avoir accès à des informations sur les périodes de semis recommandées ni à des outils de planification précis. « Le riz pluvial nous avait découragés. Nous semions quand nous le voulions, sans savoir qu’il existait des fenêtres de semis précises à respecter », explique Touré.

Pendant des années, les semis non planifiés, combinés à des précipitations de plus en plus imprévisibles, ont entraîné des pertes de récoltes répétées. À mesure que les saisons devenaient plus difficiles à anticiper, même les décennies d’expérience agricole de Touré ne suffisaient plus à guider ses décisions de manière fiable.

« Le bon riz, semé au mauvais moment »

Le PADFA accompagne les agriculteurs en combinant leurs connaissances et leur expérience avec des informations climatiques fournies au moment opportun et adaptées au contexte local. Élaborés à partir des besoins identifiés avec les communautés agricoles, les conseils agrométéorologiques fournissent des recommandations pratiques permettant aux agriculteurs de choisir des fenêtres de semis adaptées et de mieux gérer les risques liés à la production de riz pluvial.

Pour élaborer ces conseils, Landscape Alliance gère des stations agrométéorologiques dans les cinq régions couvertes par le PADFA : Hambol, Gbêkê, Bagoué, Poro et Tchologo. Les stations enregistrent automatiquement les précipitations, la température et l’humidité. Les données sont ensuite transmises à l’équipe chargée des questions climatiques à Korhogo pour analyse.

A technician inspects a solar-powered agrometeorological station.
Un technicien de Landscape Alliance assure la maintenance d’une station agrométéorologique utilisée pour recueillir des données climatiques. Photo : Gilberte Koffi / Landscape Alliance.

« Notre rôle consiste à transformer les données climatiques en recommandations pratiques qui aident les agriculteurs à améliorer leur production dans différentes filières, notamment le riz et les légumes », explique Akaffou, en charge de l’information climatique chez Landscape Alliance.

L’équipe climat de Korhogo utilise les données des stations pour préparer les conseils agrométéorologiques en français. Ceux-ci sont ensuite transmis à des traducteurs communautaires, dont Touré. « Dès que je reçois les conseils agrométéorologiques sur mon téléphone, je les traduis dans la langue locale, notamment en tagbana », explique-t-il.

La traduction permet à Touré de transmettre les conseils et les informations à d’autres agriculteurs. « Je partage également les conseils lors de nos réunions de coopérative et dans nos groupes WhatsApp », précise-t-il.

Les messages vont également au-delà de ces réseaux. Ces canaux correspondent aux préférences exprimées par les agriculteurs eux-mêmes. Les consultations communautaires menées dans les cinq régions du projet ont identifié WhatsApp, les SMS, les radios locales, les réunions communautaires et les services de vulgarisation agricole parmi les moyens privilégiés pour recevoir les informations climatiques. Le projet s’est ensuite associé à 12 radios locales identifiées lors de ces consultations comme étant déjà écoutées par les membres des organisations paysannes. Ces stations diffusent les conseils dans les langues locales.

Two people speak into microphones during a radio programme.
Des riziculteurs sont sensibilisés à travers des émissions radiophoniques animées par l’équipe de Landscape Alliance dans le cadre du projet PADFA sur Poro FM à Korhogo et Bin Kadi Radio à Ferkessédougou. Photo : Gilberte Koffi / Landscape Alliance.
Two people take part in a radio programme at Bin Kadi FM.
Des riziculteurs sont sensibilisés à travers des émissions radiophoniques animées par l’équipe de Landscape Alliance dans le cadre du projet PADFA sur Poro FM à Korhogo et Bin Kadi Radio à Ferkessédougou. Photo : Gilberte Koffi / Landscape Alliance.

Ensemble, ces différents canaux permettent aux agriculteurs de recevoir des recommandations dans une langue qu’ils comprennent et sous une forme qu’ils peuvent utiliser. Pour Touré, ces conseils ont également changé sa perception du riz pluvial. « Nous avons compris que le riz pluvial n’était pas le problème. Le problème, c’était notre manque de connaissances. Nous ne comprenions tout simplement plus le calendrier agricole », explique-t-il.

L’incertitude demeure, mais les agriculteurs disposent désormais de recommandations plus précises sur les fenêtres de semis adaptées aux variétés de riz ayant des cycles de trois ou quatre mois, ainsi que de prévisions météorologiques qu’ils peuvent prendre en compte parallèlement à leur propre expérience.

Le test des trois hectares

Touré affirme avoir commencé à constater les effets des émissions radiophoniques dans les champs des agriculteurs. « Certains agriculteurs cultivaient discrètement du riz pluvial en suivant simplement les conseils agrométéorologiques diffusés à la radio. Lorsque je suis allé voir leurs champs, j’ai constaté les résultats de mes propres yeux : le riz avait donné une bonne récolte », se souvient-il.

Touré a ensuite entendu parler de Koné Pétai Félix, un agriculteur du village voisin de Kofissioka qui avait suivi les conseils diffusés à la radio. Depuis 2005, Koné avait tenté à plusieurs reprises de cultiver du riz pluvial sans succès. En 2024, il avait perdu presque toute sa récolte lorsque les pluies s’étaient arrêtées alors que son riz se trouvait encore au stade de montaison.

Après avoir entendu Touré expliquer à la radio les fenêtres de semis recommandées pour les variétés de riz pluvial de trois et quatre mois, Koné a décidé de tenter à nouveau l’expérience. Pour limiter les risques, il a planté trois hectares, contre 16 l’année précédente, tout en respectant la fenêtre de semis recommandée.

Trois à quatre mois plus tard, les résultats ont dépassé ses attentes. « J’ai déjà récolté 25 sacs de 50 kg chacun sur deux hectares, et je n’ai même pas encore terminé de récolter le reste de mon champ », explique Koné.

Two men discuss a bundle of harvested rice.
Touré Kignelman Pierre (à droite) échange avec Koné Pétai Félix, qui tient une botte de riz récolté dans son champ. Photo : Gilberte Koffi / Landscape Alliance.

Du riz sur la table et de l’argent pour l’école

Au-delà de l’augmentation des rendements, les effets se font concrètement sentir dans la vie quotidienne des ménages agricoles.

Selon Koné, c’est la première fois qu’il récolte suffisamment de riz pour répondre aux besoins de sa famille et réduire les dépenses du ménage consacrées à l’achat de riz. La récolte lui procure également des revenus suffisants pour contribuer aux dépenses scolaires de ses enfants.

D’autres agriculteurs ont suivi l’exemple de Koné. Touré cite notamment Ouattara Jean, qui aurait récolté près de 30 sacs sur un hectare après avoir suivi les mêmes recommandations concernant la période de semis.

Touré affirme que ces récoltes encouragent les agriculteurs de Toumbokaha et de Kofissioka, qui avaient abandonné le riz pluvial, à reconsidérer cette culture. « Le riz pluvial n’a pas changé. Ce qui a changé, ce sont les conditions de sa réussite », affirme-t-il.

Le PADFA, avec l’appui technique de Landscape Alliance, fournit des conseils agrométéorologiques que les agriculteurs peuvent utiliser pour planifier leurs semis.

« Avec le changement climatique, aucun agriculteur ne peut réussir seul. C’est uniquement grâce aux informations climatiques que nous pouvons surmonter ces difficultés », conclut Touré.


À propos du projet

Le Programme d’appui au développement des filières agricoles (PADFA) est financé par le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le gouvernement de Côte d’Ivoire. Mis en œuvre dans les régions du Hambol, du Gbêkê, de la Bagoué, du Poro et du Tchologo, le programme vise à améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle et à accroître les revenus agricoles à travers trois filières stratégiques : le riz, les cultures maraîchères et la mangue.

Dans le cadre du PADFA, Landscape Alliance forme les petits exploitants agricoles des zones couvertes par le projet au changement climatique et aux pratiques agricoles intelligentes face au climat, notamment à la collecte, au partage et à l’utilisation des informations agrométéorologiques.