Alimenté par des affluents prenant leur source au cœur des forêts tropicales d’Afrique, le fleuve Congo traverse la province de la Tshopo, en République démocratique du Congo, transportant des personnes, des vivres et les marchandises qui soutiennent les moyens de subsistance locaux. Le long de ses rives, le Paysage d’Engagement de Yangambi (YEL) concrétise l’approche systémique sur le terrain en connectant les ressources forestières, alimentaires et énergétiques à l’entrepreneuriat et qui génère un cercle vertueux où chaque progrès profite à l’ensemble.
Dans le bassin du Congo, les forêts subissent une pression croissante due à l’expansion de l’agriculture, à l’exploitation forestière, à la demande en charbon de bois et à la pauvreté persistante.
A gtravers le Paysage d’Engagement de Yangambi (YEL), le Centre de Recherche Foretière Internationale et le Centre International de Recherche en Agroforesterie(CIFOR-ICRAF) ainsi que leurs partenaires collaborent avec les communautés sur une approche différente : s’attaquer aux moteurs de la déforestation comme un ensemble unique de défis liés, et co-créer un réseau de solutions qui se renforcent mutuellement.


La vision qui sous-tend ce travail est explicite. « Chaque membre de la famille, chaque village ou communauté avec qui nous travaillons doit contribuer à la vision du paysage grâce à son potentiel d’innovation et à un engagement plus durable envers la nature« , a déclaré Paolo Cerutti, coordonnateur national de CIFOR-ICRAF en RDC.
Grâce au soutien à long terme de l’Union européenne, rejoint en 2025 par le Bureau des Affaires étrangères du Commonwealth et du Développement du Royaume-Uni (FCDO) ainsi que d’autres partenaires, le paysage de Yangambi bâtit un modèle à l’échelle du paysage qui lie l’entrepreneuriat et les opportunités économiques à la conservation des forêts.
« Il est possible de proposer à la fois des produits standards à plus forte valeur ajoutée et des produits innovants« , a déclaré Paolo Cerutti, « ce qui permet d’augmenter le pouvoir d’achat des populations tout en favorisant la protection de l’environnement. «

Une stratégie de paysage basée sur des solutions connectées
Dans le paysage, ces activités produisent déjà des résultats mesurables. En 2025, plus de 300 000 arbres ont été plantés et plus de 2 100 hectares de terres dégradées ont été restaurés ou valorisés pour une agriculture plus productive grâce à l’utilisation de semences et de techniques améliorées. Parallèlement, un noyau de 235 000 hectares d’habitats forestiers essentiels à la biodiversité bénéficie d’un appui pour une gestion durable et pour réduire la pression liée à l’empiètement aidant ainsi à concilier les objectifs de conservation avec les moyens de subsistance locaux.
L’un des piliers de ce travail est le réseau de Champs Ecoles Paysans (CEP) qui compte désormais 82 sites à travers le paysage. Ces espaces d’apprentissage communautaires permettent aux agriculteurs de découvrir et de mettre en œuvre des cultures, des techniques et des innovations variées, adaptées aux conditions locales.
Grâce à ces réseaux, environ 2 200 agriculteurs appliquent désormais des techniques agroécologiques améliorées, allant d’une meilleure sélection des semences à la restauration des sols et à la gestion efficiente des ravageurs. L’agroécologie incarne une approche systémique : des sols plus sains favorisent la diversité des cultures, laquelle renforce la nutrition ainsi que les revenus des ménages ; et aussi des exploitations plus productives permettent de réduire la nécessité de défricher les forêts à des fins agricoles.

Les travaux axés sur la nutrition prolongent ces progrès en renforçant l’accès à des aliments diversifiés et produits localement. A travers l’initiative Nutriscapes Yangambi soutenue par la Fondation Good Energies, le CIFOR-ICRAF et ses partenaires aident les ménages à améliorer leur régime alimentaire. Cela passe par l’association d’arbres fruitiers de haute qualité à une diversité de cultures riches en nutriments, telles que les légumes et les légumineuses, ainsi que des aliments de base plus variés. Ces actions sont accompagnées de messages ciblés sur la nutrition et le WASH (Eau, Assainissement et Hygiène) afin de sensibiliser les communautés à l’importance d’une alimentation diversifiée pour leur santé et leur bien-être nutritionnel.
« L’amélioration des régimes alimentaires commence ici dans les champs et les jardins des agriculteurs« , a déclaré Stepha McMullin, chercheuse senior au CIFOR-ICRAF. « Lorsque les familles peuvent cultiver localement une plus grande diversité d’aliments, cela renforce à la fois la nutrition et la résilience. »
« C’est une étape cruciale« , ajoute Amy Ickowitz, chercheuse principale au CIFOR-ICRAF qui co-dirige le projet avec McMullin, « car nos recherches montrent que la plupart des familles de la région ont une alimentation monotone composée essentiellement de manioc, de feuilles de manioc et de poisson, ce qui n’apporte pas suffisamment de nutriments en particulier pour les enfants. »
Des sols sains constituent un autre maillon essentiel du système. Les chercheurs et les agriculteurs intensifient l’utilisation du biochar produit à partir des résidus de charbon de bois, combiné au compost et à d’autres bio-intrants, afin de compléter les systèmes agroforestiers et de restaurer la santé des sols pour obtenir de meilleurs rendements. En maintenant la productivité sur les terres agricoles existantes, des sols plus sains peuvent réduire la pression exercée sur les forêts environnantes pour le défrichement de nouvelles terres.

Les systèmes énergétiques constituent un autre pilier fondamental de cette approche intégrée. Le charbon de bois reste le principal combustible de cuisson dans une grande partie de la région mais l’amélioration des méthodes de production peut augmenter considérablement l’efficacité. En utilisant des fours plus performants et en récoltant la biomasse issue d’arbres plantés à croissance rapide (plutôt que de la forêt naturelle), les producteurs peuvent générer la même quantité de charbon avec moins de ressources forestières.
Au niveau des ménages, plus de 70 000 foyers améliorés ont été vendus. Ces derniers réduisent la quantité de charbon ou de bois de chauffe nécessaire pour la cuisson quotidienne tout en permettant aux familles de réaliser des économies.
« Lorsque le charbon de bois est produit plus efficacement et que les foyers consomment moins de combustible, les ménages économisent de l’argent et moins d’arbres doivent être abattus« , explique Georges Mumbere, expert en bois-énergie.
Foyers améliorés prêts pour la distribution à Kisangani, province de la Tshopo, RDC. Photo: Axel Fassio / CIFOR-ICRAF
Energie, agriculture et forêts
Ces activités sont de plus en plus interconnectées grâce à des chaînes de valeur circulaires qui réduisent les déchets et renforcent les économies locales. La poussière de charbon de bois issue de la production peut être réutilisée pour la fabrication de foyers améliorés ou comme source de biochar pour la restauration des sols. De même, le fumier provenant des petits élevages de porcs et de chèvres sont mis en place pour offrir une alternative aux protéines issues de la viande de brousse servant d’engrais dans les parcelles des membres des Champs Ecoles Paysans (CEP).


La production agricole elle-même se diversifie grâce à des cultures telles que la banane et les légumineuses, ainsi qu’à de nouveaux services locaux de transformation, comme la production de farine. Ces activités créent de la valeur ajoutée à proximité des zones de production et offrent de nouvelles opportunités d’insertion pour un plus grand nombre de personnes au sein de la chaîne de valeur.
Ailleurs dans le paysage, des entreprises respectueuses de la forêt se développent également. Alors qu’au départ, environ 30 producteurs de miel bénéficiaient d’un appui direct via un mentorat technique et des microcrédits pour formaliser leur production, ils se sont aujourd’hui regroupés en deux associations formelles comptant plus de 100 membres. Cela a permis d’améliorer la transformation, de renforcer les liens avec les marchés locaux et de créer de nouvelles opportunités de revenus.

Le leadership communautaire demeure au cœur de cette approche. Les femmes, les jeunes et les associations d’agriculteurs jouent un rôle clé dans la conception et la mise en œuvre des activités, garantissant que les solutions sont adaptées aux besoins locaux et plus susceptibles de perdurer dans le temps.
À l’image du fleuve Congo lui-même, le paysage Yangambi (YEL) puise sa résilience à de nombreuses sources.
En connectant l’agriculture, l’énergie, les forêts et l’entrepreneuriat, le programme bâtit des bioéconomies circulaires qui aideront à protéger les forêts du bassin du Congo tout en renforçant les économies locales pour les années à venir.








