Pendant près de 25 ans, Elliot Mudenda dépendait de la chasse pour subvenir aux besoins de sa famille à Nyawa, au sud de la Zambie. Il avait commencé comme agriculteur, mais les sécheresses répétées ont progressivement rendu l’agriculture peu fiable et peu productive.
Sans d’autres sources de revenus, la chasse est devenue pour lui un moyen de survie.
Pourtant, Elliot connaissait les risques — l’obscurité avant l’aube, les longues heures passées à traquer le gibier dans la brousse, la menace constante des animaux sauvages, la peur de croiser des gardes forestiers pouvant l’arrêter, ou encore le risque de blessure.
« Je n’ai jamais cessé de me soucier de la faune sauvage », confie Elliot, conscient que cette voie n’était pas durable. « Mais je devais aussi survivre. »
Aujourd’hui, Elliot a abandonné la chasse. Il gère désormais des étangs piscicoles en tant que membre de la coopérative piscicole de Sianyongo. Ce changement représente bien plus qu’une reconversion professionnelle — il s’inscrit dans une expérience plus large visant à démontrer que la conservation peut réussir en offrant aux populations des alternatives économiques viables.
Le Programme de gestion durable de la faune sauvage (SWM), financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le Centre de Recherche Forestière Internationale et le Centre International de Recherche en Agroforesterie (CIFOR-ICRAF) et ses partenaires, repose sur un principe simple : la conservation ne peut réussir là où les moyens de subsistance échouent.

Quand l’agriculture ne suffit plus
L’expérience d’Elliot reflète une réalité familière dans de nombreuses zones rurales de Zambie, où la variabilité climatique a rendu l’agriculture pluviale de plus en plus imprévisible. Il avait commencé comme agriculteur, mais lorsque les pluies ont cessé d’être régulières au début des années 2000, ses rendements ont chuté. Avec peu d’alternatives et une famille à nourrir, il s’est tourné vers ce que la forêt pouvait offrir. Il a continué à chasser pendant des années, malgré les dangers.
Lorsque CIFOR-ICRAF, dans le cadre du programme SWM, a commencé à travailler à Nyawa en 2022, Elliot a vu une opportunité de changement. « J’attendais avec impatience les alternatives que le programme SWM nous apportait », explique-t-il. « Nous avions besoin de moyens plus sûrs et plus fiables pour gagner notre vie. »
Construire des alternatives: pisciculture et infrastructures communautaires
L’initiative a soutenu les communautés de Nyawa dans la création et le développement d’entreprises fondées sur des solutions basées sur la nature, notamment la pisciculture, l’apiculture et l’élevage de chèvres. La coopérative piscicole de Sianyongo, créée en 2024, est née de ces efforts.
Au-delà de la construction d’étangs piscicoles, le programme a installé des pompes submersibles permettant de gérer les bassins tout en servant d’infrastructure communautaire pour l’accès à l’eau. Auparavant, de nombreux ménages devaient parcourir de longues distances pour collecter de l’eau. Désormais, l’accès à l’eau est plus proche et plus fiable.
Elliot a également bénéficié de la mise en place d’un bain d’aspersion pour le bétail — une installation permettant de prévenir les maladies transmises par les tiques et autres parasites, contribuant ainsi à maintenir les animaux en bonne santé. Cette infrastructure fonctionne aussi comme une entreprise communautaire, générant des revenus tout en renforçant l’appropriation locale.
Ces investissements réduisent la vulnérabilité des ménages et créent des sources de revenus légales, plus sûres et plus durables.
Des membres de la communauté récoltent du poisson dans un étang piscicole communautaire dans le sud de la Zambie. Crédit Photo : Edward Banda / CIFOR-ICRAF.
Le défi de la gouvernance
L’expérience de Nyawa, comme ailleurs, montre que la création de coopératives ne constitue qu’une partie de la solution. Dans la pratique, de nombreux groupes fonctionnaient initialement davantage comme des bénéficiaires d’appui que comme de véritables entreprises structurées. Ils manquaient des systèmes de gouvernance, de discipline financière et d’orientation vers les marchés. Sans une gestion solide, les entreprises peinaient à se développer. Et lorsque les revenus restaient faibles, certains membres retournaient vers des activités illégales.
Pour combler ces lacunes, CIFOR-ICRAF a collaboré avec le ministère zambien du Développement des petites et moyennes entreprises afin d’organiser une formation de cinq jours sur le développement entrepreneurial dans le district de Zimba, destinée aux coopératives de Nyawa.
Le programme de formation couvre notamment : le développement d’entreprise, la valorisation des produits, le marketing, la gestion financière et l’accès au financement. Son objectif est clair : repositionner les coopératives comme de véritables entreprises capables de se maintenir au-delà du soutien initial des projets et de devenir des moteurs du développement économique local. Selon Daniel Phiri, consultant en sauvegardes sociales qui facilite la formation pour CIFOR-ICRAF, l’accent est mis sur la durabilité à long terme.
« Nous cherchons à créer une culture du changement », explique-t-il. « Dans le passé, les communautés lançaient des activités comme la pisciculture, mais sans systèmes solides de gestion, elles ne duraient pas. Aujourd’hui, nous renforçons la manière dont ces entreprises sont gérées afin qu’elles deviennent durables. »


Apprendre les règles de l’entreprise collective
Pour Elliot et les autres membres de la coopérative, l’un des aspects les plus révélateurs de la formation a été la gouvernance coopérative.
Avant cette formation, de nombreux membres ne comprenaient pas comment utiliser les statuts de la coopératives, comment responsabiliser les dirigeants, comment prendre des décisions dans l’intérêt des membres. Ces lacunes de gouvernance conduisaient parfois à de mauvaises décisions et à des performances faibles.
« Nous ne comprenions pas correctement les statuts auparavant », reconnaît Elliot. « Maintenant, nous savons comment la direction doit fonctionner, comment les membres peuvent questionner les décisions et comment améliorer la coopérative. »
La formation aborde également l’accès au financement via des programmes publics tels que : le Fonds de développement des circonscriptions et la Commission pour l’autonomisation économique des citoyens — Des ressources dont beaucoup ignoraient jusque-là les modalités d’accès.

La conservation grâce à des moyens de subsistance viables
Ce qui se passe à Nyawa montre que la conservation efficace nécessite bien plus que des patrouilles et des sanctions. Lorsque les communautés disposent d’entreprises fonctionnelles, d’un accès aux marchés, de compétences entrepreneuriales, l’incitation à retourner vers des activités illégales ou non durables diminue.
Des coopératives solides créent bien plus que des revenus.
Elles renforcent la gouvernance locale, développent le sentiment d’appropriation, offrent aux familles la possibilité de planifier l’avenir au-delà de la prochaine récolte.
Le programme prévoit désormais de reproduire ce modèle de formation à Musokotwane.
Pour Elliot, ce changement est déjà concret. Il ne dépend plus de la chasse. Il gère aujourd’hui des étangs piscicoles au sein de la coopérative de Sianyongo et participe à la construction d’une entreprise plus structurée et plus responsable.
Son expérience illustre un principe central du Programme de gestion durable de la faune sauvage : Lorsque des moyens de subsistance viables existent et sont bien gérés, la conservation cesse d’être uniquement un objectif politique — elle devient un choix pratique.









