Le plumage coloré des oiseaux de Papouasie-Nouvelle-Guinée exerce une fascination vivace, tant sur les autres oiseaux, que sur les humains et sur les collectionneurs. Il y a longtemps que les plumes sont symboles d’attraction et de prestige, au centre à la fois de la théorie de Darwin sur la sélection sexuelle et de l’identité culturelle des communautés autochtones qui en ornent leurs tenues de cérémonie depuis des dizaines de milliers d’années. Elles ont aussi captivé les marchands et les colons de la première heure : la demande mondiale « d’oiseaux exotiques » fut à l’origine de vagues de colons arrivant en Nouvelle-Guinée.
Tout au long de l’histoire (que ce soit dans le monde des humains et celui des non-humains), le désir a été constant de posséder ces plumes rares et étonnamment belles afin d’augmenter son propre pouvoir de séduction.
Du jardinier d’Archbold mâle qui orne son nid de plumes provenant du paradisier du Prince Albert (Pteridophora alberti) – une espèce baptisée en l’honneur d’un prince européen qui finançait des expéditions coloniales – à la Londonienne de l’époque victorienne qui, pour suivre la mode, portait les mêmes plumes importées à grands frais de Nouvelle-Guinée, toutes les espèces et toutes les sociétés sont depuis longtemps attirées par les beaux plumages.
Décidément, la splendeur de ces oiseaux semble à la fois une bénédiction et un fléau. Dans certains cas, cela a entraîné une chasse excessive et une exploitation abusive, tandis que dans d’autres, cela a favorisé un soutien essentiel à la conservation et au développement de l’écotourisme. Par exemple, l’observation des oiseaux en Papouasie-Nouvelle-Guinée est lucrative sans induire de conséquences délétères. Bien que le commerce international de plumes d’oiseaux indigènes soit désormais interdit, on les récolte toujours localement, surtout pour en faire des coiffes ou des tenues de cérémonie. Cependant, cette pratique contribue au déclin de nombreux oiseaux endémiques dans le pays, ce qui soulève des questions critiques sur les relations entre la conservation de la culture et celle des êtres vivants.
Selon une étude dirigée par Grace Nugi, une biologiste locale spécialisée dans la conservation et ancienne reine de beauté, qui a grandi en portant d’imposantes coiffes lors de manifestations culturelles, il y avait plus de plumes de Psittrichas de Pesquet (Psittrichas fulgidus) préservées dans les coiffes que sur des oiseaux vivant dans la nature du district de Kerowagi en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Tout porte à croire que cette habitude culturelle de la récolte pourrait bien faire disparaître la population restante, surtout que la croissance démographique humaine se poursuit dans la région, parallèlement à la hausse de la demande de la part des habitants des villes pour orner les tenues traditionnelles de cérémonie.
Sur le plateau de Managalas dans la province d’Oro, qui a récemment été classé en zone de conservation, le Centre de recherche forestière internationale et le Centre international de recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF) et leurs partenaires aident des organisations locales à élaborer et à mettre en œuvre un plan de gestion susceptible de réaliser l’équilibre délicat nécessaire entre la conservation, l’usage coutumier et la pérennité des moyens de subsistance. « La récolte des plumes, déclare Will Unsworth, responsable du programme de CIFOR-ICRAF en Papouasie-Nouvelle-Guinée, devra être inscrite à l’ordre du jour. »
À Managalas, les plumes utilisées sur les costumes proviennent principalement de paradisiers de Raggi (Paradisaea raggiana), de casoars de Bennett (Casuarius bennetti), de loris papous (Charmosyna papou), d’éclectus papous (Eclectus polychloros), de psittrichas de Pesquet, de paradisiers de Meyer (Epimachus meyeri), de cacatoès noirs (Probosciger aterrimus), de cacatoès à huppe jaune (Cacatua galerita) et de calaos papous (Rhyticeros plicatus), dont le bec orné d’une grosse bosse est aussi utilisé en bijouterie et sur les coiffes. Bon nombre de ces espèces sont officiellement protégées, ce qui veut dire qu’il est interdit de les vendre et de les exporter. Toutefois, les propriétaires fonciers locaux sont toujours autorisés à chasser et à vendre les oiseaux se trouvant sur leur terrain en raison de la coutume.


La zone 4 du plateau, qui est reculée, avec peu de routes et d’alternatives de moyens de subsistance, semble présenter le plus grand nombre de paradisiers de Raggi et leur commerce y est particulièrement actif. « Pour attraper les oiseaux, les membres de la communauté placent habituellement un appât sur les arbres où ils viennent parader, et lorsque le mâle met la patte dans la boucle, ils tirent sur la corde pour le piéger », explique Mellie Musonera, un consultant en environnement basé à Port Moresby qui participe au projet. « Ils vendent la peau des oiseaux au village pour 20 kina environ, c’est-à-dire en gros 5 USD, mais, s’ils les apportent à Popondetta, leur prix peut atteindre les 200 kina, à cause de la rareté de ce plumage et de l’insuffisance de l’offre pour les coiffes traditionnelles. »
Il faudra bien davantage de données pour déterminer si ces récoltes sont durables, comme l’équipe de G. Nugi l’a tenté ailleurs. Afin de remédier à ce déficit de données, CIFOR-ICRAF et la Managalas Conservation Foundation lancent une nouvelle étude de la biodiversité et un programme de suivi qui associe diverses techniques telles que les pièges photographiques, la surveillance par acoustique passive, l’échantillonnage de l’ADN environnemental (ADNe) dans les bassins versants, des études botaniques et la documentation du savoir écologique traditionnel.
Dans d’autres lieux de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des mesures pragmatiques et peu coûteuses sont prises pour réduire la chasse sans porter atteinte à la culture par des organisations telles que Wildlife Conservation Society (WCS) et dans le cadre du Projet de gestion durable de la faune sauvage (SWM). L’approche est simple : enseigner à stocker les coiffes de façon appropriée – avec du produit antimite et du papier – pour qu’elles durent pendant des décennies. Certaines communautés font aussi des expériences avec des plumes de poulet teintes ou des substituts synthétiques, mais ces solutions comportent leurs propres problèmes. Le développement du tourisme d’observation pourrait permettre de conserver les oiseaux dans la forêt tout en créant de nouveaux moyens de subsistance.

En définitive, la grande question est celle-ci : comment chérir ce qui est beau sans le détériorer en même temps, ceci étant un défaut bien humain ? Grâce à des pratiques comme l’observation des oiseaux (admirer sans posséder) et la conservation des coiffes (aimer ce que nous avons déjà), nous pourrons peut-être nous tourner vers un type d’amour moins destructeur.
Pour plus d’informations sur ce projet, veuillez contacter William Unsworth (CIFOR-ICRAF): [email protected]








