La plantation d’arbres est souvent présentée comme une solution à la dégradation des terres, à la perte de biodiversité et au changement climatique. Pourtant, planter les mauvaises espèces, ou planter des arbres aux mauvais endroits et pour des objectifs inadaptés, peut endommager les écosystèmes que les initiatives de restauration cherchent précisément à rétablir.
Pour les acteurs de la restauration, la question n’est donc pas simplement de savoir combien d’arbres planter, mais quelles espèces choisir, où les planter et dans quel but.
Ces questions sont au cœur de la série de masterclasses Right Tree, Right Place – Seed (RTRP-Seed), une série de sessions de formation animées par des experts et conçues pour aider les acteurs de la restauration, les planificateurs et les décideurs politiques à prendre de meilleures décisions en matière de plantation d’arbres.
Ces masterclasses s’inscrivent dans le cadre de la Quality Tree Seed Transformative Partnership Platform (TPP), coordonnée par Landscape Alliance afin de renforcer les systèmes durables de production de semences et de plants d’arbres de haute qualité destinés à la restauration. Cette plateforme rassemble notamment des partenaires tels que le Botanic Gardens Conservation International (BGCI) et Unique Land Use. Le projet RTRP-Seed bénéficie de son soutien initial et se concentre sur l’amélioration de la disponibilité de semences d’arbres indigènes et de plants de qualité en Afrique.
La première masterclass, organisée en avril, a exploré la sélection des espèces d’arbres à l’aide de l’outil GlobalUsefulNativeTrees (GlobUNT). La deuxième session, organisée en juillet, est passée de la question de l’adéquation des espèces à celle de leur hiérarchisation : comment les praticiens peuvent-ils réduire une longue liste d’espèces potentiellement adaptées pour constituer un ensemble cohérent répondant aux priorités écologiques, aux besoins des moyens de subsistance et aux préférences locales ? Une troisième session, prévue en octobre, sera consacrée à l’approvisionnement en semences d’arbres.
Un jeune plant d’arbre est arrosé sur un site de restauration. Photo : Anthony Ochieng / Landscape Alliance
Trouver les arbres adaptés au site
La première masterclass a commencé par une mise en garde contre l’idée selon laquelle la plantation d’arbres produit automatiquement des bénéfices environnementaux.
Paul Smith, ancien secrétaire général du BGCI et aujourd’hui président de The Global Biodiversity Standard, a souligné le risque de porter involontairement atteinte à la biodiversité en réalisant des plantations inadaptées, notamment en utilisant des espèces envahissantes ou en plantant des arbres dans des habitats auxquels ils ne sont pas adaptés.
À titre d’exemple, Paul Smith a évoqué la plantation d’arbres dans une prairie naturelle à Madagascar, qui a entraîné le déplacement d’espèces de graminées endémiques. Cet exemple montre comment une intervention destinée à restaurer la nature peut, au contraire, lui nuire.
“De nombreux facteurs entrent en jeu dans la production de plants sains et dans la garantie de leur survie. ”
Roeland Kindt, écologiste senior à Landscape Alliance.
La session a examiné comment les praticiens peuvent éviter ces conséquences involontaires en identifiant des espèces indigènes adaptées à un site donné et aux usages prévus.
GlobUNT, un outil en ligne de sélection des espèces développé par Landscape Alliance, combine des informations sur la répartition naturelle des espèces d’arbres, issues de la base GlobalTreeSearch du BGCI, avec des données sur leurs usages par les populations, provenant de la World Checklist of Useful Plant Species. L’outil permet également de tenir compte des conditions climatiques futures.
Les utilisateurs peuvent filtrer les espèces selon différents critères, notamment la localisation, les usages potentiels et les conditions environnementales, afin d’obtenir une première liste d’espèces à envisager dans un contexte de restauration donné. La base de données couvre 14 014 espèces d’arbres réparties dans 242 pays et territoires.
Toutefois, GlobUNT n’a pas vocation à déterminer le choix final.
« De nombreux facteurs entrent en jeu dans la production de plants sains et dans la garantie de leur survie. Cet aspect fait également partie des efforts plus larges du projet RTRP-Seed, qui vise à trouver le bon arbre au bon endroit », a expliqué Roeland Kindt, écologiste principal à Landscape Alliance.
Selon lui, la liste obtenue doit être examinée à la lumière d’autres informations, notamment le statut de conservation des espèces, les caractéristiques des semences, le caractère envahissant de certaines espèces et les connaissances locales.
Cette distinction est devenue centrale lors de la deuxième session, qui est passée de l’identification des espèces potentiellement adaptées à la détermination de celles qui devraient effectivement être prioritaires.
▼ Regardez la première session du Masterclass
Réduire le nombre de choix
La deuxième masterclass s’est intéressée à la manière dont les praticiens peuvent sélectionner un éventail d’espèces répondant aux objectifs de restauration tout en tenant compte des priorités des personnes qui vivent et travaillent dans les zones concernées.
L’une des approches consiste à utiliser des écosystèmes de référence, c’est-à-dire des sites relativement intacts qui fournissent un point de comparaison concret pour déterminer les résultats que la restauration pourrait viser.
« Les sites de référence constituent des points de repère concrets pour ce que nous voulons accomplir ; ils nous donnent un modèle de ce à quoi ressemble la réussite », a déclaré Paul Smith.
Selon lui, ces sites peuvent aider les praticiens à identifier les espèces et les caractéristiques écologiques qu’ils souhaitent rétablir. Les observations de terrain et les connaissances locales peuvent apporter des informations supplémentaires sur l’évolution d’une zone et sur les espèces qui réapparaissent en premier dans les champs en jachère.
Cependant, l’adéquation écologique ne représente qu’une partie du processus de décision. Les considérations économiques et liées aux moyens de subsistance influencent également les espèces finalement retenues.
Abrham Abiyu, spécialiste de la sélection génétique des arbres et des sources de semences à Landscape Alliance, a expliqué comment ces priorités peuvent parfois diverger. S’appuyant sur son expérience en Éthiopie, il a souligné que les bailleurs de fonds, les institutions publiques et les organisations de conservation peuvent privilégier des espèces différentes : des arbres indigènes appréciés pour leur contribution à la biodiversité ou des arbres à croissance rapide recherchés pour le bois, le combustible ou les revenus qu’ils génèrent.
« Il n’existe pas de solution miracle unique pour hiérarchiser les espèces. Nous devons utiliser un ensemble d’outils », a déclaré Abiyu.
Victor Otieno, du Center for Ecosystem Restoration Kenya, a décrit une démarche associant l’expertise technique à la validation communautaire. Les praticiens classent les espèces selon des critères convenus, puis testent la sélection dans des parcelles de démonstration. Les résultats, dit-il, permettent ensuite d’affiner la liste à mesure que les acteurs apprennent ce qui fonctionne réellement sur le terrain.
Le processus de sélection doit également tenir compte des priorités des personnes qui utiliseront les terres et en prendront soin.
▼ Regardez la deuxième session du Masterclass
Placer les communautés au cœur des décisions
« Nous devons placer les communautés au centre de chacune des activités menées dans le cadre de la restauration », a déclaré Jeniffer Kandagor Chemisto, cheffe de projet chez Solidaridad East and Central Africa. « Nous devons les associer dès le début, en tenant compte de leurs préférences ainsi que des connaissances autochtones et locales sur les arbres qui donnent de bons résultats dans leur environnement. »
Ces connaissances peuvent influencer aussi bien le choix des sites de restauration que celui des espèces. Les communautés peuvent, par exemple, privilégier les arbres fruitiers, les plantations destinées à la production de bois, la conservation des sols et de l’eau ou encore les espèces ayant une valeur culturelle.
Répondre à ces différents besoins peut nécessiter un mélange diversifié d’espèces. Une telle diversité peut également renforcer la résilience face au changement climatique, aux ravageurs et aux maladies, tout en contribuant à concilier les besoins immédiats des populations en matière de moyens de subsistance avec les objectifs à plus long terme.


Du choix des espèces à l’approvisionnement en semences
Cependant, choisir les bonnes espèces ne représente qu’une partie du défi. Il faut également que celles-ci soient disponibles sous forme de matériel végétal de qualité, ce qui dépend du bon fonctionnement des pépinières, de la fiabilité de l’approvisionnement en semences et de la demande pour les plants produits.
Thomas Asbeck, responsable technique chez Unique Land Use, a présenté les difficultés sous l’angle du secteur privé. Son expérience en Ouganda a montré qu’il est possible de produire commercialement des espèces indigènes, mais que cela exige davantage que la simple connaissance des arbres à planter.
« Si vous souhaitez produire à des fins commerciales, vous devez non seulement savoir où vous procurer les semences et comment les plants sont produits, mais également comprendre l’ensemble de la chaîne de valeur dans laquelle vous souhaitez vous engager à ce stade », a déclaré Asbeck.
La prochaine masterclass, prévue en octobre, sera consacrée à l’approvisionnement en semences d’arbres, une étape essentielle pour passer de la sélection théorique des espèces à la mise en œuvre concrète des activités de restauration.









