Lorsque j’ai passé un appel vidéo à Swancy Saiva, un forestier papou-néo-guinéen, il se trouvait dans son village natal, dans les Hautes-Terres orientales. Des arbres aux reflets argentés frémissaient, des oiseaux gazouillaient et un groupe d’enfants m’observaient à travers l’écran. Derrière lui se dressait une maison familiale qu’il avait contribué à construire, avec une charpente en bois et un épais toit de chaume en feuilles de palmier.
Dans les zones rurales de Papouasie-Nouvelle-Guinée, les habitants construisent leurs maisons avec les matériaux disponibles localement. Dans les villes et les centres urbains comme Popondetta et Port Moresby, on trouve des bâtiments en béton et en tôle ondulée, entourés de hautes clôtures et de barbelés. Mais sur la route principalement en gravier qui relie Popondetta au plateau de Managalas, ces matériaux deviennent rapidement trop coûteux ou difficiles à transporter pour les populations locales. Les habitations commencent alors à mieux se fondre dans leur environnement.
Les imposants palmiers sagoutiers qui émergent des marécages fournissent d’abondants matériaux de couverture. Les fourrés de bambous offrent des lanières que l’on tresse pour fabriquer les murs, ainsi qu’un revêtement de sol solide et suffisamment souple pour permettre à la famille de dormir confortablement. Les clous étant généralement indisponibles, les fibres végétales sont tressées pour former des « cordes de brousse » qui permettent d’assembler les différentes parties de la maison. Les branches et les troncs d’arbres feuillus fournissent le bois essentiel à la charpente. Mais quelles espèces d’arbres les habitants utilisent-ils pour construire leurs maisons ? Et y en aura-t-il suffisamment pour les générations futures ? Ce sont les questions auxquelles Saiva a tenté de répondre en parcourant le plateau pendant plusieurs mois en 2025.
Ici, la construction d’une maison n’est pas réservée aux charpentiers, et le fait de posséder son propre logement n’est pas l’apanage des privilégiés. La plupart des hommes d’une communauté peuvent espérer construire leur propre maison. Mais il ne s’agit pas d’une tâche individuelle. « Si je veux construire ma maison, les autres membres de la communauté m’aident à transporter les matériaux depuis la brousse, à tresser les murs et à confectionner le toit en feuilles de palmier sagoutier », explique Saiva. « Puis, lorsqu’ils veulent construire à leur tour, je les aide en retour. C’est un système d’entraide réciproque. » Les femmes comme les hommes jouent un rôle dans ce processus. « Les hommes vont couper les feuilles ; les femmes les tressent. Les hommes s’occupent des murs, du bois et des travaux de structure. »
Une maison traditionnelle dans le village de Kawowogi, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Photo : Monica Evans / Landscape Alliance
Ainsi, lorsqu’un homme est prêt à construire sa propre maison, il possède généralement déjà suffisamment d’expérience pour se lancer, ainsi que quelques services rendus dont il recevra le retour d’ascenseur.
Même si les maisons d’un village présentent souvent un style similaire, chacune possède une forme qui lui est propre : certaines sont longues et basses, tandis que d’autres sont surélevées. Beaucoup comportent plusieurs niveaux, avec de petites structures en forme de tourelles au sommet, où les enfants peuvent dormir. Les murs en bambou présentent souvent des bandes noircies entrelacées pour créer des motifs ou inscrire des mots et des phrases, notamment des slogans politiques.
« J’ai été impressionné par la créativité des maisons de Managalas, comparées à celles d’autres régions côtières que j’ai visitées », raconte Saiva. « Une personne que j’ai interrogée avait construit cinq structures distinctes : une pour lui et son épouse, une pour les enfants, une pour les invités, une pour cuisiner et une pour stocker les aliments. »
C’est cette tradition que Saiva a entrepris de documenter en 2025, en interrogeant 224 ménages répartis dans 48 villages pour le compte de Landscape Alliance. Le plateau de Managalas est devenu une zone de conservation en 2017. L’une des questions centrales consiste à comprendre comment les communautés utilisent les ressources forestières et à déterminer si ces pratiques doivent évoluer à mesure que la population augmente.
La mission de Saiva consistait à enquêter auprès des ménages afin d’identifier les espèces d’arbres utilisées pour la construction des habitations. Le travail s’est révélé complexe : comme une grande partie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le plateau présente une très grande diversité ethnique et linguistique. Il a découvert qu’une même espèce pouvait porter jusqu’à onze noms locaux différents. Il a donc consacré beaucoup de temps à les recouper. Il photographiait les espèces dans une région, puis montrait les images aux habitants d’autres régions afin de vérifier s’ils désignaient bien le même arbre.



Il a constaté que la plupart des arbres utilisés comme bois de construction proviennent d’anciens jardins vivriers et de forêts secondaires en jachère. Des forêts primaires existent sur le plateau, mais elles sont trop éloignées des villages : transporter de lourdes pièces de bois sur un terrain accidenté exige trop de travail.
Les témoignages des anciens suggéraient toutefois que cela n’avait pas toujours été le cas. Beaucoup ont décrit des espèces dont les participants plus jeunes n’avaient jamais entendu parler : des arbres autrefois suffisamment proches pour être exploités, mais qui se trouvent aujourd’hui au cœur de la forêt ou ont complètement disparu. « La jeune génération a perdu la connaissance des espèces que ses grands-parents utilisaient », explique Saiva. « Aujourd’hui, ces arbres se trouvent très loin du village. »
La collecte d’échantillons de ces espèces s’est révélée particulièrement difficile, précise-t-il. « Nous marchions plusieurs kilomètres dans la brousse. Les arbres sont très hauts et nous n’avions pas d’équipement pour faire descendre les branches. Nous devions donc grimper aux arbres et prélever les échantillons de feuilles à la main. »
Dans plusieurs cas, les anciens qui avaient décrit certaines espèces pendant l’enquête étaient décédés avant que Saiva puisse revenir prélever des échantillons. L’équipe ne pouvait alors plus obtenir d’échantillon végétal, ni même une photographie de l’arbre. Il devenait ainsi plus difficile d’identifier l’espèce et de préserver les connaissances relatives à son utilisation.
“Ils étaient décédés ; nous ne pouvions donc plus obtenir d’échantillon végétal, ni même une photographie de cet arbre. ”
— Swancy Saiva, Assistant de Projet et chercheur, Landscape Alliance
Les résultats de l’enquête serviront à approvisionner deux pépinières, situées respectivement à l’est et à l’ouest du plateau. En y cultivant les espèces d’arbres les plus couramment utilisées pour le bois de construction, le projet espère prévenir l’épuisement des ressources forestières et permettre aux jeunes constructeurs d’accéder à certaines des espèces utilisées par leurs grands-parents. Ils n’auront ainsi plus besoin de parcourir de longues distances au cœur de la brousse ni de dépendre excessivement du petit nombre de personnes qui savent où trouver ces arbres.
Pour en savoir plus sur le projet, veuillez contacter le responsable du programme de Landscape Alliance en Papouasie-Nouvelle-Guinée,, Will Unsworth: [email protected]. Vous trouverez également des informations sur le programme ici : Landscape Alliance – Papouasie-Nouvelle-Guinée







