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Quand les indicateurs s’améliorent, mais pas la forêt

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Trois décennies de critères, de certification et d'indicateurs ont donné à la gestion des forêts et des paysages une apparence de redevabilité. De nouvelles recherches et de nouveaux outils montrent à quel point cette redevabilité s’arrête souvent aux portes de la forêt.
A researcher measures the circumference of a tree in a tropical forest in the Democratic Republic of the Congo as part of field data collection to assess forest condition.
Prosper Sabongo measures a tree in the Yangambi Biosphere Reserve near Kisangani, Democratic Republic of the Congo. Field measurements such as these provide the evidence needed to assess forest condition beyond management indicators. Photo by Ollivier Girard / Landscape Alliance.

En 2026, des chercheurs étudiant 38 aires protégées gérées par l’État dans la région floristique du Cap, en Afrique du Sud, ont fait un constat qui devrait interpeller tous ceux qui s’appuient sur un tableau de bord pour déterminer si les efforts de conservation sont efficaces. Ils ont comparé des indicateurs standards d’efficacité de la gestion avant et après l’application d’un cadre d’aide à la décision largement utilisé. Dans l’ensemble, les scores ont augmenté, sous l’effet de meilleurs résultats concernant les ressources mobilisées et les réalisations, comme les effectifs du personnel et l’élaboration des plans prévus. Les indicateurs décrivant l’état réel des terres, notamment leur végétation, leurs sols et leur état écologique, racontaient cependant une tout autre histoire : ils avaient diminué.

L’écart entre ces deux séries de chiffres n’est pas une anomalie isolée. Il traverse toute l’architecture sur laquelle le monde s’appuie pour évaluer l’efficacité de la gestion des forêts et des paysages, des aires strictement protégées aux concessions forestières, en passant par les plantations industrielles. Le cadre mondial le plus largement utilisé pour ce type d’évaluation, élaboré par la Commission mondiale des aires protégées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), identifie six dimensions qu’une évaluation rigoureuse devrait suivre : le contexte, la planification, les ressources mobilisées, les processus, les réalisations et les résultats. Seule cette dernière dimension décrit ce qui s’est effectivement passé sur le terrain. Les cinq autres portent sur le contexte, les plans, les ressources, les processus et les produits ou réalisations. Or, plusieurs décennies de données montrent que la plupart des activités d’évaluation s’arrêtent bien avant cette dernière étape. Une compilation mondiale de plus de 8 000 évaluations d’aires protégées publiée en 2010 a révélé que les meilleurs scores concernaient principalement la création juridique des aires protégées et la délimitation de leurs frontières, c’est-à-dire les éléments les plus faciles à vérifier sur un formulaire. À l’inverse, les ressources disponibles et l’évaluation de l’efficacité de la gestion figuraient parmi les dimensions les plus faibles.

L’ampleur de ce qui échappe aux évaluations devient évidente lorsque les résultats sont mesurés à partir d’un véritable contrefactuel : que se serait-il passé sans l’intervention ? Lorsque des chercheurs ont comparé les forêts protégées du Costa Rica à des territoires comparables non protégés afin d’évaluer le système de parcs du pays sur près de quatre décennies, ils ont constaté que les méthodes conventionnelles de rapportage encore largement utilisées dans les systèmes mondiaux de comptabilisation de la biodiversité surestimaient de plus de 65 % la superficie forestière effectivement sauvée. Un hectare officiellement désigné comme protégé ne constitue pas la même preuve qu’un hectare de forêt qui est toujours debout. L’écart entre les deux n’est pas une simple erreur d’arrondi dans une politique qui sous-tend aujourd’hui une grande partie du financement mondial de la conservation.

Combler cet écart constitue, dans un sens très concret, une partie du travail déjà mené par Landscape Alliance. L’un des exemples les plus clairs est le Land Degradation Surveillance Framework (LDSF), ou Cadre de surveillance de la dégradation des terres. Plutôt que de demander si un plan de gestion a été élaboré ou si un projet a été achevé, le LDSF mesure directement l’état des terres à travers un protocole de terrain standardisé appliqué sur des blocs paysagers de 100 kilomètres carrés. Il documente la structure de la végétation et la diversité des espèces, le carbone du sol et l’infiltration de l’eau, ainsi que la dégradation et la récupération des terres.

Le cadre est désormais mis en œuvre dans plus de 40 pays, produisant des données biophysiques de référence permettant de suivre dans le temps les effets réels de la restauration et de la gestion des terres. Ces données peuvent contribuer à déterminer les zones où les interventions sont susceptibles d’avoir le plus d’impact.

« En fournissant des mesures de terrain cohérentes sur la santé des sols, la dégradation des terres et la biodiversité végétale, le LDSF contribue à identifier les zones prioritaires pour la restauration, à établir des références biophysiques, à déterminer quelles interventions pourraient être les plus appropriées et à suivre les changements au fil du temps en réponse aux interventions », explique Leigh Ann Winowiecki, responsable mondiale de la recherche sur la santé des sols et des terres à Landscape Alliance.

Ces mesures de terrain peuvent également alimenter des travaux de cartographie à plus grande échelle.

« À partir des données de terrain du LDSF, un cadre analytique a également été développé. Il utilise la télédétection et des algorithmes d’apprentissage automatique pour produire des cartes prédictives de la santé des sols et des terres. Cela permet, par exemple, d’évaluer et de suivre l’érosion des sols et le carbone organique des sols, et d’éclairer la manière dont les programmes de restauration des terres à grande échelle ciblent leurs interventions et en évaluent les impacts », explique Tor-Gunnar Vågen, scientifique principal du Spatial Data Science and Applied Learning Lab de Landscape Alliance.

Researchers collect a peat soil sample during fieldwork using hand tools before laboratory analysis.
Des chercheurs prélèvent des échantillons de tourbe dans le cadre du suivi de terrain. Photo : Deanna Ramsay / Landscape Alliance.
Two researchers review Land Degradation Surveillance Framework (LDSF) data on a laptop during fieldwork in Malawi, using digital maps to assess soil and land health.
Des chercheurs analysent des données sur la santé des sols et des terres lors de travaux de terrain au Malawi. Photo : Kelvin Trautman / Landscape Alliance.

Un effort parallèle est mené dans le cadre de l’étude comparative mondiale sur la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (GCS REDD+), qui en est aujourd’hui à sa quatrième phase après 26 années consacrées au suivi sur le terrain des résultats du financement carbone forestier fondé sur les résultats. L’étude a notamment aidé le Viet Nam à mettre en place un mécanisme de suivi et d’évaluation de son système national de paiements pour services environnementaux forestiers, donnant ainsi au programme national les moyens de suivre l’état des forêts plutôt que de simplement rendre compte des activités réalisées.

Depuis 2018, l’étude suit également les progrès de la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD+) à l’échelle juridictionnelle dans 39 juridictions de 12 pays tropicaux, produisant des données qui ont éclairé les décisions relatives au financement à cette échelle. Plus récemment, des chercheurs travaillant avec l’Université fédérale de Minas Gerais, au Brésil, ont développé des simulateurs interactifs de la déforestation et des émissions de carbone pour le Brésil, la République démocratique du Congo, l’Indonésie et le Pérou. Ces outils permettent aux décideurs de comparer la situation observée sur le terrain avec un scénario contrefactuel modélisé : à quoi ressembleraient les pertes forestières et les émissions si les plans nationaux de lutte contre la déforestation étaient pleinement appliqués plutôt que partiellement mis en œuvre ?

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À cet égard, le carbone est la dimension qui a le plus progressé. En octobre 2024, le Fonds vert pour le climat a adopté une politique intégrant les paiements fondés sur les résultats de la REDD+ dans sa programmation régulière, faisant passer le système du stade de projet pilote à celui de politique permanente.

Pour la période de programmation 2024-2027, le Fonds a fixé le prix à 8 dollars américains par tonne métrique d’équivalent dioxyde de carbone pour les réductions d’émissions éligibles réalisées entre 2018 et 2022.

Mais le carbone forestier reste la seule dimension de ce problème pour laquelle un indicateur de résultats opérationnel est déjà en place. La biodiversité, l’eau et le bien-être des populations vivant dans ces paysages ne disposent toujours pas de systèmes de mesure équivalents. Ces dimensions continuent d’être principalement évaluées selon les anciennes méthodes : à travers les ressources mobilisées et les activités réalisées, qui sont faciles à comptabiliser, plutôt qu’à travers les conditions qu’il est réellement difficile de modifier.

Pour répondre à ces défis, Landscape Alliance applique l’approche Land-Use Planning for Multiple Environmental Services (LUMENS), mise en œuvre dans plus de sept pays. Elle utilise la modélisation spatiale pour comparer les trajectoires conventionnelles de croissance à des scénarios d’utilisation des terres à faibles émissions de carbone et favorables à la biodiversité et aux ressources en eau. Elle évalue leurs impacts sur les performances économiques, les émissions de gaz à effet de serre et la santé des écosystèmes.

Cette approche soutient la planification d’une croissance verte à l’échelle infranationale autour de trois principes : inclusive, en mobilisant les parties prenantes et en prenant en compte les questions foncières et les priorités des communautés ; intégrée, en reliant développement, conservation et planification spatiale ; et fondée sur les données, en s’appuyant sur les données disponibles et l’analyse des arbitrages. Les stratégies qui en résultent sont intégrées aux plans, programmes et budgets gouvernementaux afin de favoriser leur mise en œuvre à long terme.

Leigh Ann Winowiecki points to a large landscape map while discussing restoration planning with colleagues.
Leigh Ann Winowiecki examine des cartes spatiales avec des collègues lors d’une session de planification paysagère. Photo : Kelvin Trautman / Landscape Alliance.

Cet écart deviendra encore plus important au cours de la prochaine décennie. Landscape Alliance s’est fixé pour 2035 l’objectif de restaurer 15 millions d’hectares de terres dégradées et de soutenir des moyens de subsistance résilients pour 20 millions de personnes, parallèlement à une réduction des émissions équivalente à 500 millions de tonnes de dioxyde de carbone. La question de savoir si ces chiffres finiront par désigner des terres dont la santé se sera effectivement améliorée de manière mesurable, ou simplement des terres pour lesquelles une activité aura été déclarée achevée, dépendra de la capacité à généraliser les mesures de résultats telles que celles représentées par le LDSF, les outils de scénarios de la GCS REDD+ et l’approche LUMENS-Green Growth Planning à l’ensemble de ces travaux, plutôt que de les maintenir cantonnées à ces quelques exemples.

Trente ans après l’avènement des critères, des indicateurs et de la certification, les instruments nécessaires pour combler cet écart existent, et les propres travaux de recherche de Landscape Alliance en apportent la preuve. La question de savoir si les financements consacrés aux forêts et aux paysages au cours de la prochaine décennie les utiliseront réellement — sous la forme de financements fondés sur les résultats, de financements axés sur les impacts ou simplement de financements mieux dotés — ou s’ils continueront à récompenser le tableau de bord plutôt que la forêt, reste encore ouverte.


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