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Ce que nous savons — et ignorons — sur la viande de brousse en Asie et dans le Pacifique

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Une nouvelle communauté de recherche appelle à renforcer les travaux interdisciplinaires fondés sur une approche systémique.
A person carries a pig wrapped in woven palm leaves for a community feast in East Nusa Tenggara, Indonesia.
Pig for the feast, East Nusa Tenggara, Indonesia. Photo by Aulia Erlangga / Landscape Alliance.

Note de la rédaction : cet article a été publié initialement sur le site de la Plateforme de partenariat transformateur pour l’utilisation durable des espèces sauvages (SU-TPP).

« Dans les forêts du bassin du Congo, un homme vérifie un piège à collet avant l’aube. L’animal qu’il rapportera chez lui ce soir sera peut-être la seule source de protéines animales que sa famille consommera cette semaine.

Au même moment, sur les marchés de Kinshasa, une femme paie un prix élevé pour de l’antilope fumée, parce que c’est le plat que préparait sa mère, comme sa grand-mère avant elle.

Et quelque part, dans une salle de conférence, un spécialiste de la conservation soutient que ces deux personnes contribuent à conduire une espèce vers l’extinction.

Tous les trois ont raison », a déclaré Robert Nasi, directeur scientifique de Landscape Alliance, lors du premier webinaire des Dialogues sur la viande de brousse en Asie et dans le Pacifique. Bien que ces exemples proviennent d’Afrique, les discussions ont montré qu’ils illustrent les facteurs sociaux et écologiques complexes qui déterminent l’utilisation de la viande de brousse dans le monde entier.

Les Dialogues sur la viande de brousse sont une initiative du Programme de gestion durable de la faune sauvage (SWM). Elle vise à créer, en Asie-Pacifique, une communauté régionale de recherche sur la viande de brousse, à combler les lacunes dans les connaissances et à contribuer à l’élaboration de politiques mieux informées ainsi qu’à une gestion de la faune sauvage fondée sur les communautés.

La première session, intitulée « Pourquoi sommes-nous réunis ? », a présenté les raisons justifiant une collaboration accrue en matière de recherche et d’action sur cette question.

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Ce que nous savons — et ce que nous ignorons

La viande de brousse se trouve au croisement de nombreuses problématiques, notamment la conservation de la biodiversité, la durabilité des moyens de subsistance, les risques de maladies zoonotiques, la sécurité alimentaire et la nutrition.

Une enquête mondiale estime qu’environ 150 millions de ménages dans les pays du Sud chassent des animaux sauvages pour leur consommation, afin de disposer de protéines essentielles au quotidien, de revenus et de micronutriments tels que le fer et le zinc, notamment dans les populations rurales. Cependant, la surexploitation, alimentée par l’augmentation de la demande de viande de brousse, la perte d’habitats et le changement climatique, contribue à l’apparition de « forêts vides ». Vues d’en haut, celles-ci semblent en bonne santé, mais elles sont en réalité écologiquement appauvries, ayant perdu leurs populations de vertébrés.

Comprendre les chaînes de valeur de la viande de brousse et leur évolution permet aux communautés et aux gouvernements de mieux gérer la faune sauvage de manière durable, équitable et sûre, tout en surveillant les changements au sein des écosystèmes.

“« En Asie et dans le Pacifique, nous ne disposons pas encore d’une vision régionale claire du fonctionnement des chaînes de valeur de la viande de brousse, de leurs impacts, ni des principaux risques et possibilités qu’elles présentent », a déclaré Manon Mispiratceguy, coordinatrice régionale pour l’Asie et le Pacifique à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans son discours d’ouverture.

Il est particulièrement important de combler les lacunes dans les connaissances en Asie et dans le Pacifique, compte tenu de la grande biodiversité de la région, de l’intensité de la chasse et de l’étendue des réseaux de commerce d’animaux sauvages. Plusieurs flambées de maladies zoonotiques associées à l’utilisation de la viande de brousse ont également été signalées au cours des deux dernières décennies.

Jasmine Willis, doctorante à l’Université d’Oxford et chercheure à Landscape Alliance, a apporté un éclairage sur ces lacunes en présentant les résultats d’un exercice de cartographie systématique mené avec ses collègues. Celui-ci visait à comprendre l’utilisation de la viande de brousse en Asie du Sud-Est entre 2000 et 2023. Leurs résultats font ressortir plusieurs constats :

  • Une production scientifique en hausse : les recherches sur la viande de brousse ont considérablement augmenté autour de 2019-2020, avec un pic de publications en 2021.
  • Des efforts de recherche inégalement répartis : un grand nombre d’études se sont concentrées sur le Vietnam et l’Indonésie, tandis que Singapour, Brunei et le Timor-Leste figuraient parmi les pays les moins étudiés, avec une seule étude chacun.
  • Une attention davantage portée au « quoi » qu’au « pourquoi » : la plupart des études menées dans la région sont descriptives. Elles documentent les quantités de viande de brousse, la fréquence de la chasse et les prix. Les recherches sur les facteurs sociaux, l’efficacité des interventions visant à modifier les comportements, la prévention des maladies zoonotiques, ainsi que les tabous et les processus décisionnels qui influencent le commerce et la consommation de viande de brousse restent moins nombreuses.

Peu d’études ont eu recours à des méthodes mixtes ou à des approches interdisciplinaires.

Les lacunes persistantes concernant les données propres à chaque territoire et les facteurs sociaux sont importantes. Les politiques élaborées sans une bonne compréhension des interactions entre les systèmes sociaux et écologiques, ou sans s’appuyer sur des recherches adaptées au contexte local, risquent d’échouer. Jasmine Willis et les autres intervenants ont donc recommandé de dépasser les recherches purement descriptives pour développer des travaux interdisciplinaires et systémiques, capables de combler les lacunes dans les connaissances et d’améliorer l’efficacité des interventions politiques.

A traditional hunter wearing a leafy headpiece aims a bow and arrow in the rainforest of Papua New Guinea, illustrating customary hunting practices.
Un chasseur traditionnel en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Photo : FAO.

Études de cas : risques zoonotiques, roussettes et chasse de subsistance

Après les présentations introductives, Kim Sookee, stagiaire spécialisée dans les forêts et la biodiversité à la FAO, a animé trois brèves présentations consacrées au Vietnam, à la Nouvelle-Calédonie et à la Papouasie, suivies d’une discussion en panel.

Au Vietnam, Hoang Thuy, directeur national de Wildlife Conservation Society (WCS), a décrit les difficultés persistantes liées à la cartographie de la chaîne de valeur de la viande de brousse et aux risques zoonotiques associés à ces circuits d’approvisionnement. Bien que son organisation ait suivi le commerce de viande de brousse et d’animaux de compagnie à partir de publications en ligne, elle n’a pas encore réussi à mesurer les volumes de viande de brousse directement acheminés vers les restaurants. Des recherches supplémentaires, menées auprès des communautés, sont prévues pour combler cette lacune. Faisant écho à la présentation précédente de Jasmine Willis, Hoang Thuy a souligné la nécessité de disposer de davantage de données sur les facteurs socioécologiques qui déterminent le commerce de viande de brousse dans le pays.

Malik Oedin, chef du service forestier de district et président de l’organisation Gardiens des Îles, a consacré son intervention aux roussettes en Nouvelle-Calédonie. Leur viande y est considérée à la fois comme un mets raffiné et comme un élément important des cérémonies autochtones. Dans certaines communautés, les os et les poils de ces chauves-souris sont également utilisés comme une forme de monnaie d’échange. La chasse est toutefois devenue non durable et les populations de roussettes diminuent. Malik Oedin et son équipe forment le personnel des services environnementaux et consultent les communautés, les braconniers, les ministres et d’autres parties prenantes afin de construire un avenir durable pour cette espèce.

En revanche, selon Freddy Pattiselanno, directeur de l’Institut de recherche et de services aux communautés de l’Université de Papouasie, en Indonésie, la surexploitation de la viande de brousse n’est pas encore devenue un problème en Papouasie. La quasi-totalité de la consommation et du commerce répond à des besoins de subsistance, et de solides normes traditionnelles encadrent l’utilisation durable des ressources sauvages.

Prochaines étapes

La première session des Dialogues sur la viande de brousse n’était qu’une introduction. Pour continuer à répondre à la question de ce que nous savons — et ignorons — sur la viande de brousse en Asie et dans le Pacifique, les prochaines rencontres dépasseront la simple compréhension du contexte pour s’intéresser aux solutions, aux outils existants et aux moyens de relier les résultats de la recherche à l’élaboration des politiques.


Remerciements

Le Programme de gestion durable de la faune sauvage (SWM) est une initiative internationale majeure visant à améliorer la conservation et l’utilisation durable de la faune sauvage dans les écosystèmes forestiers, les savanes et les zones humides.Il est financé par l’Union européenne, avec des contributions complémentaires du Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) et de l’Agence française de développement (AFD).Des projets pilotes sont mis en œuvre et évalués en collaboration avec les gouvernements et les communautés dans 16 pays participants.L’initiative est coordonnée par un consortium de quatre partenaires, dirigé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), aux côtés de Landscape Alliance (anciennement Centre de recherche forestière internationale et Agroforesterie mondiale, CIFOR-ICRAF), du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) et de la Wildlife Conservation Society (WCS).