Les forêts de miombo d’Afrique australe nourrissent depuis longtemps des millions de familles rurales et soutiennent leurs moyens de subsistance. Elles abritent plus de 75 espèces d’arbres fruitiers indigènes, dont le néflier sauvage (Uapaca kirkiana), le marula et le jujubier. Ces arbres produisent des fruits riches en vitamines et en minéraux essentiels.
Lors des périodes de sécheresse, de plus en plus fréquentes sous l’effet du changement climatique, les ménages s’appuient sur ces fruits comme un véritable filet de sécurité nutritionnelle. Ils les consomment et vendent les excédents afin de financer les frais de scolarité, les soins de santé et d’autres besoins essentiels.
Mais ces ressources sont aujourd’hui menacées. Dans son rapport Indigenous Fruit Trees in Southern Africa, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avertit que les arbres fruitiers indigènes disparaissent de plus en plus sous l’effet de l’expansion des terres agricoles et de la surexploitation liée à la récolte.
Parmi les nombreuses espèces d’arbres fruitiers indigènes qui soutiennent les communautés rurales d’Afrique australe, le néflier sauvage est l’une des plus prisées de la région. Riches en vitamines et en minéraux, ses fruits constituent une source importante d’alimentation pendant la saison sèche, tout en générant des revenus pour des milliers de ménages grâce à leur commercialisation sur les marchés locaux.

Malgré ces nombreux atouts, l’avenir de cette espèce est de plus en plus incertain. Avec la croissance démographique et le défrichement croissant des forêts de miombo au profit de l’agriculture, ces écosystèmes continuent de se réduire. Les ménages ruraux, en particulier les femmes et les enfants, qui sont souvent chargés de la collecte des fruits sauvages, doivent ainsi parcourir des distances de plus en plus longues pour trouver des néfliers sauvages.
Le néflier sauvage passe de la forêt aux exploitations agricoles
Afin de réduire la pression exercée sur ces forêts de plus en plus menacées, Landscape Alliance (anciennement le Centre de recherche forestière internationale et le Centre international de recherche en agroforesterie, CIFOR-ICRAF), en partenariat avec les Systèmes nationaux de recherche et de vulgarisation agricoles (NARES), a mis en œuvre au Zimbabwe un programme de domestication des arbres fruitiers indigènes, axé sur des espèces prioritaires telles que le néflier sauvage.
L’un des principaux volets de ce programme est la banque de gènes de terrain établie au Centre de formation de Domboshawa, où les chercheurs conservent la diversité des arbres fruitiers indigènes, identifient les individus les plus performants et produisent du matériel végétal de haute qualité destiné aux agriculteurs.


Cette initiative vise à améliorer et à restaurer cette espèce d’une grande importance sur les plans nutritionnel et économique. Elle transforme progressivement le néflier sauvage, autrefois récolté exclusivement dans les forêts, en une culture que les agriculteurs peuvent produire sur leurs propres terres. Cette approche réduit la pression sur les forêts naturelles tout en rapprochant les sources de fruits et de revenus des communautés rurales.
« Le défi est que de nombreux arbres fruitiers indigènes deviennent de moins en moins disponibles à mesure que les forêts se dégradent. C’est pourquoi nous avons mis au point des méthodes de multiplication, formé les communautés et rendu accessible du matériel végétal de qualité afin que ces espèces précieuses puissent être cultivées dans les exploitations agricoles », explique Alice Muchugi, responsable du thème Diversité et productivité des arbres à Landscape Alliance.

La banque de gènes abrite plusieurs espèces importantes d’arbres fruitiers indigènes, notamment le néflier sauvage, le marula, le baobab et la nèfle africaine. À elle seule, la collection de néfliers sauvages comprend 287 introductions – c’est-à-dire des échantillons végétaux génétiquement distincts – provenant du Malawi, de la Tanzanie, de la Zambie et du Zimbabwe, où cette espèce est principalement présente à l’état naturel.
Cette riche collection permet aux chercheurs d’identifier les arbres les plus performants afin de les multiplier et de fournir des plants aux agriculteurs, tout en préservant des ressources génétiques précieuses pour les futurs travaux de recherche, de restauration et de domestication.
« La banque de gènes de terrain de Domboshawa abrite une remarquable diversité d’arbres fruitiers indigènes. Elle protège des ressources génétiques de grande valeur tout en constituant une source fiable de matériel végétal de haute qualité pour les agriculteurs », souligne Isaac Betserai, représentant de Landscape Alliance au Malawi et coordinateur régional pour l’Afrique australe.

Une méthode plus rapide pour cultiver le néflier sauvage
Au-delà de la conservation du néflier sauvage, la banque de gènes de terrain de Domboshawa permet aux agriculteurs d’accéder à du matériel végétal amélioré grâce à des techniques modernes de multiplication conçues pour reproduire les arbres les plus performants à des fins de culture.
L’une des méthodes les plus prometteuses est le marcottage aérien. Au lieu de faire pousser un nouvel arbre à partir d’une graine, cette technique consiste à stimuler le développement de racines sur une branche encore attachée à l’arbre mère. Une fois les racines formées, la branche est détachée, élevée en pépinière, puis transplantée au champ.


« Le marcottage aérien nous permet de produire de nouveaux arbres qui conservent les caractéristiques souhaitables de l’arbre mère, notamment la bonne qualité des fruits et une forte productivité », explique Mwafongo Konisaga, agent de terrain de Landscape Alliance au Malawi.
Cette technique permet également aux agriculteurs d’établir leurs vergers beaucoup plus rapidement. Les arbres issus du marcottage aérien commencent à produire des fruits au bout d’environ quatre ans, contre plus de dix ans pour les arbres cultivés à partir de graines. Elle permet en outre de surmonter le problème des semences peu fiables, souvent endommagées par les ravageurs ou incapables de germer.
« En produisant plus rapidement du matériel végétal de qualité, nous pouvons aider davantage d’agriculteurs à cultiver le néflier sauvage et ainsi réduire la pression exercée sur les forêts naturelles », ajoute Konisaga.


Une recherche qui profite directement aux agriculteurs
Au-delà de son rôle dans la conservation, la banque de gènes fournit des greffons utilisés pour le greffage afin de produire des arbres fruitiers de qualité supérieure, ainsi que des semences destinées à produire des porte-greffes en pépinière. Elle produit également des fruits dont bénéficient les communautés voisines.
Les connaissances et le matériel végétal issus de cette banque de gènes dépassent désormais largement les limites de Domboshawa, permettant aux agriculteurs d’établir des vergers d’arbres fruitiers indigènes dans leurs propres exploitations. Parmi les bénéficiaires figure Never Zinyoza, 62 ans, qui a suivi une formation dans le cadre du programme et cultive aujourd’hui des néfliers sauvages sur son exploitation.
« Chaque saison, je récolte et je vends des fruits de néflier sauvage, et les revenus me permettent de payer les frais de scolarité de mon fils », raconte Zinyoza.
« Ma famille apprécie également ces fruits, car ils sont très nutritifs. Cette formation m’a permis d’acquérir des compétences précieuses, et aujourd’hui je partage ces connaissances avec d’autres agriculteurs afin qu’eux aussi puissent cultiver ces précieux arbres fruitiers indigènes et en tirer profit », ajoute Zinyoza.

L’histoire de Never illustre l’impact croissant de la domestication des arbres fruitiers indigènes. Mais pour que davantage d’agriculteurs puissent en bénéficier, il est essentiel de protéger la banque de gènes de terrain de Domboshawa, où sont conservés les arbres et le matériel végétal.
Comme de nombreuses initiatives de conservation à long terme, cette banque de gènes nécessite un entretien, une gestion et une protection permanents afin de préserver ses précieuses ressources. Des années de financement irrégulier ont fragilisé certaines parties du site, les exposant au vol d’arbres et aux incendies, faute de moyens suffisants pour assurer la sécurité et l’entretien.
En réponse à cette situation, un financement du Centre australien pour la recherche agricole internationale (ACIAR), avec l’appui d’autres partenaires au développement, contribue à restaurer les zones endommagées, à renforcer la gestion de la banque de gènes et à garantir aux agriculteurs un accès continu à du matériel végétal de haute qualité provenant d’arbres fruitiers indigènes.
« Les banques de gènes de terrain jouent un rôle essentiel dans la préservation de la diversité des arbres fruitiers indigènes, mais elles nécessitent des soins et des investissements continus. Sans un soutien durable, des ressources génétiques précieuses risquent de disparaître, tout comme les possibilités d’améliorer les moyens de subsistance, de renforcer la sécurité alimentaire et de préserver la biodiversité pour les générations futures », souligne Alice Muchugi.








