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Le paradoxe de Belém : pourquoi la « COP des forêts » n’a pas réussi à sauver les arbres

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6 min de lecture
COP30 was expected to deliver a historic commitment to halt deforestation. Instead, it exposed how far the world remains from confronting the crisis consuming its forests.
Aerial image showing a clear divide between dense Amazon forest and adjacent agricultural land in Acre, Brazil.
Aerial view of the sharp boundary between forest and agricultural land near Rio Branco, Acre, Brazil, reflecting the ongoing pressure on Amazon forests highlighted during COP30.

Nous venons de clore la COP30, la « COP de l’Amazonie », à Belém, au Brésil. Le décor était hautement symbolique : la chaleur humide de la forêt tropicale, l’immensité du fleuve Guamá et l’urgence palpable d’un biome à son point de rupture. L’attente était claire : ce serait enfin le moment où le lien entre conservation des forêts et stabilité climatique serait opérationnalisé.

Pourtant, alors que les délégations quittent Belém, un constat s’impose : le paradoxe de Belém.


Si le sommet a lancé de nouveaux instruments financiers et renforcé la reconnaissance des droits des peuples autochtones, le texte final contraignant — le Global Mutirão— reste silencieux sur l’engagement le plus urgent : un plan d’action concret et obligatoire pour mettre fin à la déforestation.

Voici mon analyse de ce qui s’est passé, de ce que montrent les données et des perspectives pour la suite.

1. Le test de réalité du « Mutirão » : diplomatie contre biophysique

La présidence brésilienne a fortement poussé deux feuilles de route ambitieuses : l’une pour l’élimination progressive des combustibles fossiles ; l’autre pour l’arrêt de la déforestation. La stratégie consistait à les relier, reconnaissant une évidence : on ne peut pas sauver l’Amazonie si le monde continue de se réchauffer.

Cette stratégie s’est retournée contre elle. Dans les dernières heures de négociation, l’opposition des Like-Minded Developing Countries et de plusieurs États pétroliers a conduit à la suppression de la feuille de route sur les combustibles fossiles. Suite à cet échec diplomatique, la feuille de route sur la déforestation — liée à la première — a également disparu du texte contraignant.

Résultat ? le Global Mutirão se concentre sur l’adaptation et la coopération générale, mais sans l’autorité d’un engagement contraignant pour stopper la perte forestière. Les deux feuilles de route deviennent de simples initiatives volontaires — une coalition de ceux qui le souhaitent, et non un mandat mondial.

À retenir : le processus de la la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a montré son incapacité à intégrer la complexité du lien entre forêts et climat. Nous passons d’une approche fondée sur le consensus à une approche plurilatérale, où l’avancée repose sur des coalitions volontaires plutôt que sur un droit international contraignant.

. Les données sont sans équivoque : les règles du jeu ont changé

Pendant que les diplomates débattaient des formulations, la biosphère racontait une autre histoire. Les données de 2024–2025 montrent une évolution dangereuse des moteurs de la déforestation.

  • Nous sommes à 63 % en dehors de la trajectoire : Pour atteindre l’objectif de zéro déforestation en 2030, les réductions annuelles nécessaires ne sont pas au rendez-vous ; les taux de 2024 restent largement trop élevés.
  • Le feu est devenu la nouvelle tronçonneuse : Jadis, l’agriculture (soja, bœuf, etc…) était le principal moteur de la perte de forêts. En 2024, dans plusieurs régions, les incendies ont dépassé les défrichements agricoles comme facteur de perte de forêts primaires.
  • La boucle de rétroaction : Les sécheresses induites par le climat assèchent les forêts tropicales, les rendant extrêmement vulnérables aux incendies, lesquels relâchent d’immenses quantités de CO₂, qui accélèrent encore le réchauffement. Cela confirme l’argument central du Brésil : protéger les forêts est impossible si les températures continuent de grimper.

3. Une lueur d’espoir : le financement et les droits

Si le résultat politique déçoit, les avancées financières et liées aux droits ouvrent une fenêtre d’espoir.

Le Tropical Forests Forever Facility (TFFF). C’était la principale demande du Brésil.

  • Le positif : Le mécanisme est innovant et officiellement lancé. Il rémunère les nations pour leurs forêts disponible, considérées comme une classe d’actifs, et pas seulement pour la déforestation évitée.
  • Le négatif : Il n’a reçu que 6,6 milliards USD d’engagements initiaux, loin des 25 milliards nécessaires pour réorienter les incitations mondiales. Le modèle comporte des risques, et sa mise en œuvre sera déterminante.

La gestion autochtone des forêts

Le Mécanisme d’action de Belém et la démarcation de nouveaux territoires — dont 14 au Brésil — marquent une transition importante : les peuples autochtones ne sont plus vus comme de simples parties prenantes, mais comme des partenaires de mise en œuvre essentiels. Sans un engagement mondial contraignant pour stopper la déforestation, la sécurisation des droits fonciers autochtones devient l’une des politiques climatiques les plus efficaces disponibles.

4. Quelle est la prochaine étape?

Belém a montré qu’il n’existe pas de consensus géopolitique pour un arrêt contraignant de la déforestation. L’ère de la dépendance aux négociations de l’ONU pour « interdire » la déforestation est probablement révolue.

La voie à suivre repose sur trois piliers :

1. Des marchés carbone à haute intégrité

Avec l’opérationnalisation de l’Article 6.4, les capitaux privés doivent affluer massivement vers la restauration des forêts. Mais le marché reste enfermé dans une vision « carbone-tunnel ». La séquestration du carbone compte, mais les forêts offrent des services encore plus immédiats : régulation hydrique, température locale, biodiversité.

2. Faire fonctionner le TFFF : Les engagements doivent être rapidement décaissés pour démontrer que le modèle fonctionne et peut attirer des capitaux institutionnels afin d’atteindre l’objectif de 25 milliards USD. Un examen approfondi sera nécessaire pour corriger les failles de conception.

3. S’attaquer aux chaînes d’approvisionnement

Avec l’impasse du processus de l’ONU , les réglementations comme le Règlement européen sur la déforestation (EUDR) et les mesures émergentes en Chine et au Royaume-Uni deviennent les règles de facto pour les produits agricoles à risque forestier.

Conclusion

La COP30 a été la « COP des forêts sans mandat forestier.
Nous avons le diagnostic — le Bilan mondial — et l’ordonnance — stopper la déforestation —, mais le patient refuse le traitement.

L’effort pour sauver les forêts du monde quitte désormais les salles de négociation pour se jouer dans les marchés, les tribunaux et les territoires où les communautés les protègent, chaque jour.