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 Le biochar pour la résilience des systèmes socio-écologiques : la prochaine frontière à Yangambi

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Transformer les résidus agricoles et énergétiques en richesse pour les sols, au service de l’alimentation, de la nutrition et de la protection des forêts.
Farmers clearing vegetation with hoes in the Yangambi Engagement Landscape, Democratic Republic of the Congo.
Des agriculteurs effectuent des travaux d’entretien des plantations dans le paysage d’engagement de Yangambi, province de la Tshopo, en République démocratique du Congo. Les essais de biochar menés dans ce paysage visent à renforcer la fertilité des sols, la sécurité alimentaire et la conservation des forêts. Crédit Photo de CIFOR-ICRAF.

Des sols en bonne santé sont la source discrète mais essentielle d’un paysage en bonne santé. Ils retiennent l’eau pendant les périodes de sécheresse, recyclent et conservent les nutriments, et maintiennent la productivité agricole — contribuant ainsi à protéger les forêts environnantes contre l’empiètement agricole.

Dans le Paysage d’Engagement de Yangambi en République démocratique du Congo (RDC), les sols soutiennent un réseau croissant d’activités : agroforesterie, agriculture communautaire, production durable de bois-énergie et d’électricité à partir de biomasse, élevage, cultures maraîchères, café et éducation environnementale.

Aujourd’hui, l’attention se porte davantage sur ce qui se trouve sous nos pieds, autour d’une question pratique : le biochar peut-il aider à restaurer les sols de Yangambi tout en renforçant l’approche paysagère globale ?

Le biochar — un matériau riche en carbone obtenu par la combustion de biomasse avec peu d’oxygène — suscite un intérêt croissant dans le monde pour sa capacité à améliorer la santé des sols et à stocker le carbone pendant de nombreuses années. Pour Mary Njenga, chercheure principale spécialisée en bioénergie et systèmes de biochar au Centre de Recherche Forestière Internationale et au Centre International de Recherche en Agroforesterie (CIFOR-ICRAF), son potentiel est à la fois scientifique et très concret.

« Le biochar relie l’énergie, les sols, la production alimentaire, la conservation des forêts et la société », explique Mary Njenga.

« Les agriculteurs transforment les résidus d’arbres et de cultures en un intrant précieux pour les sols, améliorant les rendements et les moyens de subsistance tout en réduisant la pression sur les forêts. »

Tester le biochar sur de vraies exploitations agricoles  

Entre 2024 et début 2025, des essais comparatifs ont été menés sur trois saisons agricoles dans des fermes pilotes à Yangambi et Yanonge, ainsi qu’au sein des Champs écoles paysans. Les chercheurs ont évalué différentes sources de biochar — notamment des matériaux issus d’une centrale électrique à biomasse locale et des résidus provenant de la production durable de charbon — appliqués seuls ou mélangés au fumier pour améliorer la disponibilité des nutriments.

Ces essais ont permis de générer des données sur les bénéfices des applications répétées, les conditions initiales des sols, les effets immédiats de l’application, les effets résiduels après un traitement unique.

Les analyses initiales ont révélé des sols très acides, avec une fertilité naturelle très faible. La forte lixiviation des nutriments et la faible capacité de rétention d’eau — caractéristiques des sols tropicaux fortement altérés — limitent la productivité, même lorsque les agriculteurs investissent beaucoup de temps et d’efforts.

Le biochar permet de répondre simultanément à plusieurs de ces contraintes. Il stimule l’activité microbienne, améliore la structure physique du sol, augmente le pH des sols acides, accroît la teneur en carbone organique stable, améliore la rétention des nutriments, augmente la capacité de rétention d’eau. Ces effets contribuent à améliorer la fertilité des sols et la productivité agricole, notamment dans les sols sableux de Yanonge.

Les résultats obtenus sur le terrain ont été particulièrement prometteurs. Les parcelles traitées au biochar ont systématiquement surpassé les parcelles témoins, en particulier lorsque le biochar était mélangé au fumier avant application. Les augmentations de rendement observées après l’application de 10 tonnes par hectare ont varié : de 5 % jusqu’à 3 700 %, selon les caractéristiques du sol, le type de culture, le système agricole et la composition du biochar. Cette variabilité fournit des informations importantes pour le passage à l’échelle.

Nutrition, dignité et jardins familiaux

Comme pour toutes les initiatives à Yangambi, l’approche adoptée a été participative. Les communautés ont contribué à sélectionner les cultures à tester, en tenant compte à la fois de la sécurité alimentaire et des revenus, du point de vue des femmes comme des hommes. Le maïs a été cultivé en association avec des légumineuses pour soutenir la fertilité des sols, ainsi qu’avec des légumes à croissance rapide comme l’amarante.

Women harvesting aubergines in a vegetable plot in Yangambi Engagement Landscape, DRC.
Des femmes récoltent des aubergines dans un champ-école paysan près de Weko, dans le paysage d’engagement de Yangambi, province de la Tshopo, en République démocratique du Congo. Les jardins familiaux enrichis en biochar contribuent à la nutrition des ménages et à la génération de revenus. Crédit Photo : Axel Fassio / CIFOR-ICRAF.
Farmers collecting green peppers in a field in Yangambi Engagement Landscape, DRC.
Des agriculteurs récoltent des poivrons verts lors de la récolte dans un champ-école paysan près de Weko, dans le paysage d’engagement de Yangambi, en République démocratique du Congo. Les jardins familiaux soutenus par l’utilisation du biochar contribuent à diversifier l’alimentation et à générer des revenus. Crédit Photo : Axel Fassio / CIFOR-ICRAF.

« Ce qui nous a profondément marqués lors de notre première visite dans ce paysage, c’est la malnutrition physique des enfants. Il n’y avait pas besoin d’explications : tout était visible. » explique Njenga.

Cette observation a conduit l’équipe à adapter son plan de travail initial. L’utilisation du biochar a été intégrée à la production maraîchère à travers des jardins familiaux — de petites parcelles d’environ 100 mètres carrés situées près des habitations. Les agriculteurs ont été formés à produire du biochar sur place à partir de : bambou bien séché, tiges de manioc, épis de maïs. La production se fait dans des fosses de type Kon-Tiki, où une « barrière de flammes » réduit les émissions. Le biochar est ensuite mélangé à du compost ou du fumier pour être enrichi en nutriments avant son application.

Depuis juillet 2024 : 86 % des ménages formés ont adopté les jardins familiaux, les ménages gagnent environ 100 dollars par an, environ 40 % de la production est consommée à domicile et le reste est vendu sur les marchés locaux.

Une participante a résumé l’impact ainsi : « Nous recherchons le biochar des producteurs de charbon afin que nos enfants puissent être en bonne santé grâce à une alimentation diversifiée. »

A Tombwa ya Mboka, un jardin familial a permis de sauver un enfant malade : les revenus générés par la vente d’amarante cultivée avec du biochar ont servi à payer les médicaments nécessaires.

Two women holding bowls of freshly harvested tomatoes in Yangambi Engagement Landscape, Democratic Republic of the Congo.
Des femmes présentent des tomates récoltées dans un jardin familial dans le paysage d’engagement de Yangambi, province de la Tshopo, en République démocratique du Congo. Les jardins familiaux soutenus par l’utilisation du biochar contribuent à améliorer la nutrition et à générer des revenus pour les ménages. Crédit Photo : Axel Fassio / CIFOR-ICRAF.

Construire un système d’économie circulaire 

L’innovation autour du biochar à Yangambi repose sur un principe clé : l’intégration et la circularité. Les résidus issus des systèmes énergétiques et agricoles sont réintroduits dans le sol, fermant ainsi les cycles de nutriments tout en renforçant la production alimentaire.

Après des résultats encourageants, l’équipe de recherche a réuni des spécialistes issus de plusieurs domaines, notamment la bioénergie, l’agroécologie, l’élevage, la production maraîchère, la caféiculture, la nutrition et l’éducation environnementale, afin d’aligner les efforts liés au biochar avec les objectifs globaux du paysage de Yangambi.

Deux formations techniques sur l’interconnexion des écosystèmes ont été organisées pour les équipes locales, suivies de formations destinées aux agriculteurs dans trois Champs écoles paysans actifs depuis 2023.: Apamy à Yangambi, Tombwa ya Mboka et Akili ni Mali à Yanonge.

Au total, 116 agriculteurs formés— 49 hommes et 67 femmes . La formation a porté sur la production de biochar à la ferme à l’aide de fosses de type Kon-Tiki, le compostage des résidus organiques, ainsi que l’utilisation de biochar enrichi en compost ou en fumier.


Cette approche relie l’utilisation durable de la biomasse, la production de cultures vivrières de base, la diversification des cultures et la restauration des sols, afin de soutenir une agriculture plus sédentaire et durable. Elle ne constitue pas un simple amendement du sol pris isolément, mais s’inscrit dans une stratégie socio-écologique plus large.

Concevoir une stratégie de mise à l’échelle  

La participation active des agriculteurs dans la production de connaissances et l’apprentissage collectif a favorisé une forte appropriation locale. Une dynamique d’auto-diffusion est déjà en cours : 86 % des ménages formés appliquent l’innovation sur leurs exploitations principales.

Les enseignements tirés de cette phase serviront à orienter la mise à l’échelle prévue pour 2026, afin d’atteindre davantage de ménages et d’étendre les surfaces traitées avec des bio-intrants, notamment le biochar combiné au fumier ou au compost.

À partir du début de l’année 2026, de nouveaux résultats seront partagés par l’équipe biochar de Yangambi : Mary Njenga (responsable de l’équipe), David Lelei (Chercheur en charge des sols), Nevillie Mapenzi (agroforestier), ainsi que les assistants Landry Musole et Gilbert Elau à Yanonge, et Maxwell Kamulete et Fabrice Dhile à Yangambi.


Remerciements

A propos du Paysage d’Engagement de Yangambi : Depuis 2007, CIFOR-ICRAF travaille dans le paysage d’engagement de Yangambi (YEL) afin de faire progresser la recherche forestière et agroécologique, le développement local et la conservation. Notre objectif est de soutenir l’entrepreneuriat, l’innovation, la recherche et la gestion durable des ressources naturelles, afin de transformer le paysage d’engagement de Yangambi en un territoire où les forêts contribuent durablement au bien-être des communautés locales.

L’article ci-dessus est produit dans le cadre du projetProduction durable et résilience pour la prévention des crises alimentaires dans le paysage de Yangambi (FORETS-Food) 2023-2026, mis en oeuvre par CIFOR-ICRAF avec le financement de l’Union européenne. Ce projet vise à renforcer la sécurité alimentaire dans le paysage de Yangambi en améliorant la production et les rendements des cultures largement pratiquées, en promouvant la diversification des cultures et en mettant en œuvre des mesures post-récolte.

Pour plus d’informations, veuillez consulterwww.cifor-icraf.org/yangambi-engagement-landscape/ et www.yangambi.org/en/