Lorsque le pasteur Samuel Namba était encore bébé, sa mère vit le ciel devenir noir et rouge sous l’effet des cendres et de la lave de l’éruption du mont Lamington en 1951. Elle l’enveloppa dans une tapa humide [étoffe fabriquée à partir d’écorce] et courut avec lui se réfugier dans une grotte jusqu’à la dissipation des fumées.
Namba était trop jeune pour se souvenir de l’éruption, mais 75 ans plus tard, ses traces restent visibles dans les riches sols volcaniques qui entourent son village de Kawowoki, sur le plateau de Managalas, dans la province d’Oro. Ces sols se sont révélés particulièrement propices à la culture de Theobroma cacao, l’arbuste qui produit les fèves à partir desquelles est fabriqué le chocolat.
Ainsi, parallèlement à ses activités pastorales, Namba cultive du cacao. Il entretient les jeunes plants dans des tubes de bambou jusqu’à ce qu’ils soient suffisamment robustes pour être transplantés dans la brousse. Il achète également des fèves fraîches auprès d’autres producteurs de cacao et les fait sécher au soleil sur des tôles ondulées avant de les vendre à des acheteurs situés au-delà du plateau.
« En ce moment, j’essaie de fabriquer un fermenteur afin de pouvoir les sécher plus rapidement et d’améliorer leur qualité, car il arrive que celles que je sèche soient refusées », m’explique-t-il au milieu d’un étalage de fèves brun-rouge.
L’histoire de Namba résume à elle seule la situation du cacao en Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) : des sols volcaniques, des générations de savoir-faire, des fèves de qualité mondiale… mais aussi beaucoup d’efforts pour les sortir de la brousse, les transformer correctement et les acheminer vers un marché capable de les rémunérer à leur juste valeur.

De vieux cacaoyers, de nouvelles possibilités
Sur l’ensemble du plateau de Managalas, les traces du passé mouvementé du cacao sont visibles depuis la route : des arbres élancés, couverts de lichens, plantés il y a plusieurs décennies puis abandonnés. Le plateau est isolé ; acheminer les fèves jusqu’aux marchés est coûteux et peu fiable, tandis que les fluctuations des cours internationaux ont convaincu de nombreux agriculteurs que cette culture ne valait tout simplement pas le temps qu’ils y consacraient.
Mais, encouragés par la hausse des prix mondiaux du cacao, due aux déficits de production en Afrique de l’Ouest, certains propriétaires fonciers de Managalas ont commencé à entretenir ces vieux cacaoyers et à en planter de nouveaux. Cette fois, ils bénéficient d’un accompagnement. L’ONG locale Managalas Conservation Foundation (MCF), soutenue par Landscape Alliance et l’Union européenne (UE), cartographie la présence et les volumes de cacao sur l’ensemble du plateau.
Les groupes claniques planifient désormais un réseau d’entrepôts permettant de stocker le cacao aux côtés d’autres produits, notamment le café, les noix d’okari, la vanille, les œufs et les légumes. Cela permettra de mutualiser plus facilement les coûts de transport, de maintenir des normes de qualité et de répondre aux exigences de traçabilité imposées aux exportateurs par de nouvelles réglementations, comme le Règlement de l’Union européenne sur la déforestation.
De l’or dans les jardins
Le cacao est particulièrement adapté à la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Theobroma cacao prospère dans les climats tropicaux, les sols volcaniques riches et les zones ombragées : des conditions qui s’accordent naturellement avec les pratiques agroforestières locales et constituent une forte incitation à préserver les couvertures forestières tropicales. Le relief montagneux du pays offre également une certaine résilience face au changement climatique, puisque les producteurs peuvent se déplacer vers des altitudes plus élevées à mesure que les températures augmentent. Par ailleurs, environ 97 % du territoire de la PNG relève du régime de propriété foncière coutumière, ce qui signifie que la plupart des familles rurales disposent de terres sur lesquelles elles peuvent cultiver.
Les habitants cultivent du cacao dans le pays depuis 1884, lorsque l’entrepreneure samoane Emma Coe — qui a donné son nom à la plus grande enseigne locale de chocolat de PNG — planta le premier arbuste Theobroma à Kokopo, en Nouvelle-Bretagne orientale. Aujourd’hui, les petits producteurs autochtones assurent plus de 95 % de la production de cacao du pays, et environ deux millions des 11 millions d’habitants de l’archipel en dépendent comme principale source de revenus.
Lorsqu’elles sont correctement transformées, les fèves de Papouasie-Nouvelle-Guinée sont très recherchées. La diversité des conditions climatiques et des types de sols du pays produit une gamme de profils aromatiques distinctifs que les fabricants de chocolat d’origine unique et les connaisseurs recherchent activement. L’an dernier, le Premier ministre de Papouasie-Nouvelle-Guinée, James Marape, a exhorté les millions de petits producteurs du pays à tirer parti de cet intérêt. « Le monde veut ce que nous cultivons », a-t-il déclaré, « et il est prêt à payer le prix fort pour l’obtenir. Notre or n’est pas seulement enfoui dans le sol. Il se trouve aussi dans nos jardins. »


Du « distributeur automatique de billets » à une culture artisanale
Mais l’écart entre le potentiel de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la réalité vécue par ses petits producteurs reste considérable.
« Historiquement, les agriculteurs de Papouasie-Nouvelle-Guinée appelaient le cacao leur distributeur automatique de billets : c’était simplement quelque chose vers lequel on se tournait lorsqu’on avait besoin d’un peu d’argent », explique Tom Swan, chercheur en cacao à l’Université de Sydney. La situation a changé à partir de 2006, lorsque la mineuse des cabosses du cacaoyer, Conopomorpha cramerella, s’est propagée dans le pays, endommageant les cabosses en développement et faisant chuter les rendements. Une lutte intensive contre les ravageurs et les maladies est alors devenue nécessaire — une exigence considérable pour des agriculteurs pratiquant une agriculture de subsistance et disposant de peu de soutien.
À Managalas, il n’existe dans la province ni pépinières certifiées ni jardins de matériel végétal destiné au greffage, ce qui limite l’accès des agriculteurs à du matériel de plantation de qualité. «Cela signifie que de nombreux nouveaux producteurs de cacao utilisent les vieux cacaoyers abandonnés depuis longtemps pour obtenir leurs semences », explique Will Unsworth, responsable du programme de Landscape Alliance en Papouasie-Nouvelle-Guinée. « Ces variétés plus anciennes sont moins tolérantes aux ravageurs et aux maladies et produisent finalement des volumes plus faibles que les variétés plus récentes. »
L’épuisement des sols constitue une autre contrainte. « De nombreuses personnes en Papouasie-Nouvelle-Guinée comptent sur la fertilité naturelle des sols, car beaucoup de terres où pousse le cacao sont volcaniques, alluviales ou constituées d’anciens récifs coralliens surélevés — des sols très riches en minéraux et en nutriments », explique Swan. « Mais cette richesse s’épuise avec le temps et, si les agriculteurs ne reconstituent pas les nutriments, les rendements diminueront considérablement. » Des interventions simples, comme creuser des tranchées avec les cabosses rejetées ou épandre du compost autour des arbres, peuvent aider ; les engrais sont généralement trop coûteux.
Vient ensuite la question de la transformation. Après la récolte, les fèves doivent être correctement fermentées et séchées afin de développer leurs arômes et d’éviter leur détérioration. Certains producteurs de Managalas s’en chargent eux-mêmes, comme Samuel avec ses tôles ondulées et son fermenteur artisanal. D’autres vendent leurs fèves fraîches à des transformateurs locaux ou à Popondetta. Mais la qualité de ces transformateurs varie, et une production irrégulière limite l’accès aux marchés à plus forte valeur ajoutée.
« La contamination par la fumée a longtemps poursuivi les fèves de PNG sur le marché mondial », explique Howard-Yana Shapiro, expert mondial du cacao et chercheur senior distingué chez Landscape Alliance. Il y a environ 20 ans, la réputation du pays en matière de contamination par la fumée — causée par des fuites dans les séchoirs alimentés au bois — « avait réduit de moitié les achats de leurs fèves ». Les moisissures résultant de mauvaises conditions de stockage après récolte ont aggravé le problème.
À ces difficultés liées à la production et à la transformation s’ajoute une autre contrainte. « Le processus d’obtention d’une licence pour cultiver, fermenter, acheter, vendre et exporter du cacao est difficile et opaque », explique Unsworth. « Cela constitue une autre limite à l’accès aux marchés pour de nombreuses communautés agricoles. »

Au-delà de la fève
Le réseau d’entrepôts que les communautés de Managalas et leurs partenaires de conservation sont en train de mettre en place vise à répondre simultanément à plusieurs de ces contraintes : stockage collectif sécurisé, transport partagé, transformation homogène et traçabilité documentaire, de plus en plus exigée par les marchés d’exportation.
Ce type de soutien systémique a déjà produit des résultats ailleurs. Dans la Région autonome de Bougainville, les communautés qui se sont engagées dans la filière cacao et ont réorganisé leurs chaînes de valeur récoltent désormais les fruits de la hausse des prix. Le modèle qu’elles ont adopté — l’Initiative One Health, dirigée par David Guest, de l’Université de Sydney — « va bien au-delà de la production ; il s’agit d’un plan systématique pour la santé et le bien-être des communautés», explique Shapiro. « Il a désormais été adopté à grande échelle. »
C’est le type de modèle que Managalas cherche à mettre en place. La progression est lente : les infrastructures sont encore en cours de développement et la confiance avec les acheteurs tout au long de la chaîne de valeur doit être rétablie. Mais partout sur le plateau, des agriculteurs comme Samuel Namba montrent que l’avenir du cacao ne dépendra pas uniquement des fèves. Il dépendra plutôt des systèmes construits autour d’elles : de la disponibilité du matériel végétal et de la fermentation aux routes, aux entrepôts et aux marchés.
Pour plus d’informations sur ce projet, veuillez contacterWill Unsworth: [email protected]








