Le bois demeure l’une des ressources naturelles les plus importantes du continent africain, soutenant les moyens de subsistance, le développement économique et la croissance industrielle. Selon L’évaluation des ressources forestières mondiale 2020 de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, plus de 600 millions d’Africains dépendent des forêts et des arbres pour leur subsistance, notamment grâce aux chaînes de valeur du bois qui fournissent des emplois, de l’énergie, des matériaux de construction et des revenus.
Le secteur soutient des industries telles que la fabrication de meubles, la production de papier, l’emballage, les infrastructures de transport d’électricité, le logement et la construction. Dans les zones rurales, les systèmes basés sur les arbres et le bois fournissent également de l’énergie et des revenus, constituant un pilier essentiel de la survie des ménages.
Avec la croissance démographique et l’urbanisation accélérée, la demande en produits du bois augmente rapidement, créant à la fois des opportunités et des défis pour le développement durable. Exploiter ce potentiel pourrait faire du secteur du bois un moteur de transformation économique et de croissance verte.
Au cœur de cette opportunité se trouve le concept de bioéconomie résiliente basée sur le bois : une approche qui utilise de manière durable des ressources biologiques renouvelables telles que le bois et les produits forestiers pour produire des matériaux, de l’énergie et des services tout en préservant la santé des écosystèmes.
Cette approche est d’autant plus importante que l’Afrique fait face à des pressions croissantes liées au changement climatique, à la perte de biodiversité, à la dégradation des terres et à la hausse de la demande en produits forestiers. Sans systèmes résilients, cette demande croissante pourrait accélérer la déforestation, la dégradation de l’environnement et la dépendance aux produits importés.

Trouver l’équilibre entre une demande croissante et une offre durable
Le bois joue déjà un rôle central dans l’économie africaine. La demande englobe aussi bien les produits transformés à valeur ajoutée que le bois-énergie. Le rapport du Forum Forestier Africain sur le rôle des forêts et des arbres dans le développement économique de l’Afrique estime que le continent consomme chaque année environ 100 millions de mètres cubes de produits du bois à valeur ajoutée, notamment du bois d’œuvre, des meubles, des poteaux, des produits papetiers et des matériaux de construction. Le bois-énergie, principalement sous forme de bois de chauffe et de charbon de bois, demeure la principale source d’énergie domestique pour des millions de personnes, aussi bien dans les zones rurales que dans les zones urbaines.
Selon le Rapport Africa Energy Outlook 2023 de l’agence internationale de l’énergie, la biomasse représente environ 70 à 80 % de la consommation énergétique des ménages en Afrique subsaharienne, ce qui souligne l’importance persistante des systèmes énergétiques basés sur le bois. Cette demande est satisfaite par les forêts naturelles, les plantations forestières et, de plus en plus, par les arbres cultivés dans les exploitations agricoles à travers les systèmes agroforestiers. Toutefois, les forêts naturelles continuent de fournir une part importante de l’approvisionnement en bois, exerçant ainsi une pression sur des écosystèmes fragiles.
Dans de nombreux pays, la demande dépasse désormais l’offre durable, contribuant à la dégradation des forêts, à l’exploitation illégale du bois et à une dépendance accrue aux produits importés. Les recherches publiées dans East African Journal of Agriculture and Food Science soulignent l’importance d’accroître la production durable de bois grâce aux plantations forestières et aux arbres cultivés dans les exploitations agricoles, afin de réduire la pression exercée sur les forêts naturelles.
Photo: Axel Fassio / Landscape Alliance
Valoriser le potentiel économique du bois
L’industrie de transformation du bois représente l’une des opportunités économiques les plus importantes, mais encore insuffisamment exploitées, du continent africain. Des milliers d’entreprises sont actives dans les domaines du sciage, de la fabrication de meubles, des panneaux de bois, de la transformation du papier, du traitement des poteaux et de l’emballage.
Ces activités génèrent des emplois dans les zones rurales comme urbaines et créent souvent davantage d’emplois par unité d’investissement que de nombreuses industries extractives. Pourtant, une grande partie du bois africain est encore commercialisée sous forme brute ou semi-transformée, limitant les possibilités de création de valeur ajoutée, de développement industriel et de recettes d’exportation.
Le renforcement des capacités locales de transformation grâce à de meilleures technologies, au développement des compétences et à l’investissement peut transformer le bois d’une simple matière première en une ressource industrielle à forte valeur ajoutée, créatrice d’emplois, favorable aux PME et permettant de réduire les déficits commerciaux liés aux produits du bois transformés.
Au-delà de ses usages traditionnels, le bois devient également une ressource stratégique dans la bioéconomie émergente. À l’échelle mondiale, les produits dérivés du bois remplacent progressivement des matériaux à forte empreinte carbone comme l’acier, le ciment, les plastiques et les produits issus des combustibles fossiles. Les innovations comprennent notamment le bois d’ingénierie pour la construction durable, les emballages biodégradables, les textiles à base de bois, les produits chimiques biosourcés et les biomatériaux avancés. Ces nouvelles filières offrent à l’Afrique l’opportunité d’accéder à des marchés mondiaux en croissance tout en contribuant à l’atténuation du changement climatique et aux objectifs de l’économie circulaire.
Construire des chaînes de valeur du bois compétitives et résilientes
Plusieurs pays progressent déjà vers une bioéconomie résiliente fondée sur le bois. Au Kenya, les systèmes agroforestiers associant grevillea, eucalyptus et arbres fruitiers fournissent du bois d’œuvre, du bois-énergie et des revenus tout en améliorant la conservation des sols et la restauration des paysages. Selon l’Institut de recherche forestière du Kenya (KEFRI) les arbres cultivés dans les exploitations agricoles contribuent désormais à environ 40 à 50 % de l’approvisionnement national en bois et en poteaux.
Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent
Les petites et moyennes entreprises sont souvent confrontées à un accès limité au financement, à des chaînes de valeur fragmentées, à une gouvernance insuffisante, à des technologies de transformation inadéquates et à des débouchés commerciaux restreints. Les investissements forestiers sont fréquemment considérés comme risqués en raison du temps nécessaire pour obtenir des retours sur investissement. De plus, de nombreux pays continuent d’exporter des matières premières tout en important des produits transformés à plus forte valeur ajoutée.
Pour relever ces défis, une action politique coordonnée et des investissements stratégiques sont nécessaires.
L’expansion de la production durable de bois à travers les plantations commerciales, les forêts communautaires et l’agroforesterie sera essentielle pour répondre à la demande future. Il est également crucial d’améliorer l’efficacité du secteur du bois-énergie grâce à des foyers améliorés, des technologies de carbonisation plus performantes, des granulés de bois, des briquettes et des systèmes modernes de bioénergie. Les investissements dans des technologies modernes de transformation permettront d’améliorer les rendements, de réduire les pertes et de renforcer la compétitivité des chaînes de valeur.


Les gouvernements ont un rôle déterminant à jouer en créant un environnement favorable au développement du secteur. Des cadres réglementaires plus solides peuvent promouvoir la gestion durable des forêts, les systèmes de certification et la création de valeur ajoutée locale. Des mécanismes de financement innovants peuvent réduire les risques d’investissement pour les agriculteurs et les entreprises tout en facilitant l’accès à des capitaux abordables. Des incitations ciblées en faveur des plantations, de l’agroforesterie et des industries biosourcées peuvent également stimuler les investissements privés et renforcer la participation des petits producteurs aux marchés.
Du potentiel à la prospérité
L’Afrique peut également s’inspirer de pays qui ont réussi à développer une bioéconomie fondée sur le bois. La Finlande et la Suède ont démontré comment des politiques solides, des investissements dans la recherche, une gestion durable des forêts et l’innovation technologique peuvent transformer la foresterie en un secteur économique majeur. Le Brésil a montré comment les plantations forestières et la participation du secteur privé peuvent soutenir une production à grande échelle tout en réduisant la pression sur les forêts naturelles. Ces expériences illustrent l’importance d’un engagement politique à long terme, de l’innovation et des partenariats entre gouvernements, communautés, institutions de recherche et secteur privé.
L’Afrique dispose des ressources naturelles, des marchés en croissance et du capital humain nécessaires pour bâtir une bioéconomie prospère fondée sur le bois. En développant les plantations forestières et les arbres cultivés à la ferme, en renforçant les industries locales de transformation, en promouvant les biomatériaux issus du bois, en améliorant l’efficacité énergétique du bois et en créant un environnement politique et financier favorable, le continent peut générer des emplois verts, réduire les émissions, soutenir l’action climatique et améliorer les moyens de subsistance des populations.








