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Que trouve-t-on dans une forêt tropicale ?

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Cartographier la biodiversité sur le plateau de Managalas, en Papouasie–Nouvelle-Guinée.
An aerial panorama of a dense tropical rainforest stretching across rolling mountains and valleys under a blue sky with heavy, dark rain clouds moving over the ridges.
La canopée de la forêt tropicale humide du plateau de Managalas, en Papouasie–Nouvelle-Guinée. Photo: Russel Wai / Landscape Alliance

Cet article est le premier d’une série de trois consacrée à la manière dont les communautés locales et les chercheurs suivent la biodiversité sur le plateau de Managalas, en Papouasie–Nouvelle-Guinée.

Dans une clairière de la Zone de Conservation de Managalas (MCA) dans la province d’Oro en Papouasie–Nouvelle-Guinée, un manchot en peluche installé dans une petite voiture avance lentement sur la terre rouge. À proximité, un appareil photo se déclenche tandis qu’un groupe de personnes applaudit.

La scène pourrait faire penser à un jeu d’enfants. Pourtant, il s’agit d’une expérience qui s’inscrit dans un projet aussi ambitieux que complexe : cartographier la biodiversité du plateau de Managalas .

Ce jour-là, un groupe de nouveaux responsables locaux des équipes de biodiversité – de jeunes habitants formés au suivi de la faune et de la flore du plateau – travaille aux côtés de scientifiques de Landscape Alliance pour installer des pièges photographiques et des dispositifs de surveillance acoustique.

Le manchot qui « conduit » sa petite voiture sert à déterminer la taille minimale qu’un animal doit avoir pour déclencher les caméras, ainsi que l’angle optimal d’installation afin d’obtenir les meilleures données possibles.

Le suivi de la biodiversité à Managalas est un travail exigeant. Il implique de longues expéditions en pleine forêt tropicale, le traitement de volumes considérables de données et l’utilisation de méthodes très diverses, allant des connaissances écologiques traditionnelles à l’ADN environnemental (eDNA).

Mais avant d’entrer dans les détails, une question s’impose : pourquoi entreprendre un tel travail ?

Pour élaborer un plan de gestion pertinent du plateau, les groupes de clans doivent connaître le plus précisément possible les espèces présentes, leur répartition, l’évolution éventuelle de leurs populations et les facteurs qui expliquent ces changements. Ils doivent également comprendre comment gérer durablement ce paysage afin qu’il continue à fournir de multiples bénéfices aux communautés. C’est précisément la mission que poursuivent aujourd’hui les 152 clans de Managalas, l’ONG locale Managalas Conservation Foundation (MCF) et leurs partenaires de Landscape Alliance, avec le soutien financier de l’Union européenne. Ces informations sont d’autant plus essentielles que les partenaires envisagent de mettre en place des mécanismes de financement durable, notamment des crédits biodiversité, qui reposent sur des données de référence solides.

« Le paysage dans son ensemble possède une valeur exceptionnelle pour la conservation », explique Rhett Harrison écologue à Landscape Alliance , ayant participé aux activités de suivi sur le terrain en 2025. « Les indices que nous recueillons montrent que Managalas figure probablement parmi les forêts tropicales les plus diversifiées au monde. »

Rhett Harrison, a man with a long grey beard and braided hair, smiles while shaking hands with a local community member wearing a camouflage cap inside a room with woven bamboo walls as others look on.
Rhett Harrison (à droite) échange avec des membres de la communauté sur le plateau de Managalas. Photo: Russell Wai / Landscape Alliance

Cette richesse n’a rien de surprenant. L’île de Nouvelle-Guinée est reconnue comme l’un des grands foyers mondiaux de biodiversité, au même titre que Bornéo ou l’Amazonie occidentale. Pourtant, les connaissances scientifiques sur sa biodiversité restent beaucoup plus limitées, principalement en raison du manque de recherches, de suivi et de ressources consacrées à cette région. « Il existe très peu d’enregistrements de chants d’oiseaux provenant de Papouasie–Nouvelle-Guinée, simplement parce que peu de chercheurs s’y sont rendus pour documenter les espèces », explique Gabriel Leite, de l’organisation spécialisée dans le suivi de la faune WildMon, qui collabore avec la MCA pour inventorier sa biodiversité.

Les inventaires existants confirment déjà la présence de nombreuses espèces rares ou protégées dans la zone de conservation, notamment plusieurs oiseaux de paradis, le casoar nain, l’échidné à long bec ou encore différents kangourous arboricoles. Des observations signalent même, dans les zones les plus élevées du plateau, la présence du célèbre « chien chanteur » de Nouvelle-Guinée, une ancienne lignée canine proche du dingo australien, connue pour produire des vocalisations mélodieuses plutôt que des aboiements. Cependant, comme le souligne Rhett Harrison, « pour beaucoup de ces espèces, nous ne disposons tout simplement pas des données nécessaires pour savoir si elles sont réellement menacées ou non ».

L’ONG Partners with Melanesians (PwM), basée à Port Moresby et qui a accompagné pendant plusieurs décennies les communautés de Managalas jusqu’à la création officielle de la zone de conservation en 2017, avait déjà réalisé plusieurs inventaires de biodiversité. Toutefois, leur couverture restait limitée et une grande partie des informations recueillies a malheureusement été perdue à la suite d’une panne informatique.

Aujourd’hui encore, de nombreux habitants du plateau restent méfiants vis-à-vis des chercheurs venus collecter des informations sur leur territoire. As MCF Chair Malchus Kajia explained, Comme l’explique Malchus Kajia, président de la MCF : « Les populations sont devenues méfiantes à l’égard des informations recueillies chez nous. Elles nous disent que l’information a une valeur économique et qu’à partir de ces données, les chercheurs peuvent obtenir des financements ailleurs, sans que ces ressources ne reviennent aux communautés. »

Lors d’une récente visite sur le plateau, l’équipe média a pu constater cette méfiance. En s’arrêtant dans un village pour discuter avec les habitants de la faune locale, plusieurs personnes ont cru que les visiteurs photographiaient les papillons de cette zone afin de vendre ensuite ces images à des fins commerciales..

Gabriel Leite walks down a jungle path wearing a grey shirt, a cap and binoculars while leading a line of local researchers through dense green tropical foliage.
Gabriel Leite (front) and BTLs walk through the forest. Photo by Russell Wai / Landscape Alliance
A close-up shot of Gabriel Leite pointing to the digital screen of a camouflage camera trap strapped to a slender tree trunk while a group of local men huddle closely to watch the demonstration.
Gabriel Leite (à droite) montre aux responsables des équipes Biodiversité comment installer des pièges photographiques.
Photo: Russell Wai / Landscape Alliance
A close-up view of researchers using a smartphone to configure a small green acoustic recording box attached to a thin branch in the forest.
Les responsables des équipes Biodiversité installent un enregistreur acoustique.
Photo: Russell Wai / Landscape Alliance

Face à ces préoccupations, la MCF et ses partenaires souhaitent adopter une nouvelle approche scientifique, où les communautés participent pleinement à toutes les étapes du processus et deviennent copropriétaires des données produites.

Ainsi, de jeunes habitants sont progressivement formés comme responsables des équipes locales de biodiversité. À mesure qu’ils développent leurs compétences, ils prennent en charge une part croissante des travaux de terrain liés aux inventaires biologiques. Parallèlement, les données collectées sont régulièrement restituées aux communautés une fois analysées et seront conservées sur un réseau local accessible à tous.

Cette démarche soulève déjà plusieurs questions importantes. Par exemple, face au volume colossal d’informations produites par les pièges photographiques — environ 1,5 téraoctet de données par grille d’échantillonnage et par mois — la biologiste consultante Mellie Musonera s’interroge : « Quelle est la meilleure manière de restituer toutes ces informations aux communautés ? »

A man wearing glasses and a backpack looks toward the camera as he prepares to board a white utility vehicle alongside two other men.
Mellie Musonera et les responsables des équipes Biodiversité se rendent sur les sites. Photo: Russell Wai / Landscape Alliance

Rhett Harrison s’interroge également sur l’utilité immédiate de ces données pour orienter les décisions de gestion. Selon lui, il faut environ vingt années de suivi continu pour pouvoir identifier avec certitude les tendances d’évolution des populations animales. Pour autant, il estime que l’implication des communautés dans le suivi de la biodiversité présente déjà des bénéfices majeurs en matière de sensibilisation et de renforcement des capacités. « Nous voulons qu’elles participent pleinement au processus afin qu’elles comprennent la valeur de ce qu’elles contribueront, à terme, à préserver et pour lequel elles pourront être rémunérées », explique-t-il.

Cette série d’articles retrace le parcours de la zone de conservation de Managalas pour découvrir précisément ce que renferment ses forêts, une démarche qui offre également des enseignements précieux pour le suivi de la biodiversité dans l’ensemble de la Papouasie–Nouvelle-Guinée..

Les prochains articles de cette série mettront en lumière de jeunes habitants qui apprennent à déployer des pièges photographiques et des enregistreurs acoustiques, un biologiste brésilien qui expliquera en quoi la forêt tropicale de Managalas se compare à l’Amazonie, ainsi qu’une exploration des différentes façons de mieux comprendre ce que renferme une forêt, depuis la mobilisation des connaissances écologiques locales jusqu’à l’examen des possibilités et des enjeux éthiques liés à des techniques émergentes telles que l’échantillonnage de l’ADN environnemental (eDNA).


Pour en savoir plus sur ce projet, veuillez contacter Will Unsworth, responsable du programme de Landscape Alliance en Papouasie–Nouvelle-Guinée : [email protected]