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Sur scène : L’importance du théâtre pour la conservation sur le plateau de Managalas

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Le théâtre, un outil puissant au service de la communication et de l’information dans les zones rurales de Papouasie-Nouvelle-Guinée.
La troupe théâtrale Managalas Kuaefienami réunit des acteurs locaux venus de tout le Plateau pour interpréter une pièce de théâtre. Photo : CIFOR-ICRAF.

Par un après-midi ensoleillé de septembre sur le plateau de Managalas en Papouasie-Nouvelle-Guinée, les habitants du village de Joivi sont installés en nombre sur l’herbe du champ qui marque le centre de cette communauté. Les gamins rient et essaient de s’attraper ; les adultes discutent et mâchent la noix d’arec, fruit des aréquiers (Areca catechu) qui entourent les maisons de Joivi dont la toiture est fabriquée en feuilles de sagoutier.

Ces ressources naturelles sont aussi le sujet de la représentation d’aujourd’hui, qui est proposée dans un mélange de Tok Pisin (une forme d’anglais mélanésien parlé dans l’ensemble de la Papouasie-Nouvelle-Guinée) et de Tok Ples (langue locale) de cette partie du plateau. Au cours de la pièce, les acteurs « plantent » des branches d’arbres dans le sol, pour ensuite les couper à la machette. Ils jouent les pratiques non durables en exploitation forestière et en agriculture qui permettent un gain à court terme, mais nuisent finalement au bien-être à long terme, surtout pour les futures générations.

Le spectacle déclenche moult rires et applaudissements, mais il ne s’agit pas que d’un divertissement. C’est un outil de communication indispensable dans un lieu où se pratiquent cinq langues locales distinctes et où les habitants vont peu à l’école.

La troupe théâtrale Managalas Kuaefienami réunit des acteurs locaux originaires de différentes régions du Plateau, qui interprètent une pièce de théâtre. Photo : CIFOR-ICRAF.

Aujourd’hui, la troupe de théâtre est en train de « préparer » la communauté pour un atelier destiné à amorcer l’élaboration d’un règlement pour l’utilisation des terres. C’est un processus très attendu. Avec ses 214 696 hectares et ses 22 000 habitants, le plateau a été classé « zone de conservation » sous l’appellation Managalas Conservation Area (MCA) en 2017. Cependant, le plan de gestion de la MCA n’existe pas encore à ce jour et les habitants de la zone sont impatients de voir le dossier avancer, en particulier concernant les possibilités de développement de moyens de subsistance. Maintenant, l’élaboration de ce plan est soutenue par le Centre de recherche forestière internationale et le Centre international de recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF), avec un financement du programme Foresterie, changement climatique et biodiversité de l’Union européenne (EU-FCCB).

« C’est incroyable comme le spectacle aide à comprendre le plan de gestion. Beaucoup de personnes ne savent pas lire et, parfois, elles ne parlent même pas la même langue. Mais grâce au théâtre, nous leur permettons d’appréhender de quoi il s’agit », explique Alking Fufus, le chef de la troupe. Il fait partie de cette troupe de théâtre depuis sa création en 2010, soutenue par l’ONG locale Partners with Melanesians (PwM), qui a apporté son appui à la mise en place de la zone de conservation du début des années 1990 jusqu’à 2022.

La troupe théâtrale Managalas Kuaefienami réunit des acteurs locaux venus de différentes localités du Plateau pour interpréter une pièce de théâtre. Photo : CIFOR-ICRAF.

Même si cette troupe a bénéficié d’une aide extérieure, le théâtre communautaire n’est pas nouveau sur le plateau de Managalas. D’après Greg Murphy, un expatrié australien qui a participé en 1975 à l’établissement de la première compagnie théâtrale de Papouasie-Nouvelle-Guinée, le théâtre Raun Raun, le théâtre populaire a toujours fait partie de la culture du pays. Cela fait longtemps que les habitants jouent des pièces pour transmettre des histoires sur leurs origines, diffuser des informations et réfléchir à leurs propres problèmes.

Avant la formation de la troupe de théâtre Kuaefienami de Managalas (Managalas Kuaefienami Theatre Group), certaines associations culturelles locales recouraient déjà au théâtre pour critiquer le processus de mise en place de la zone de conservation, car ils y voyaient peu d’avantages à l’époque. Dans une évaluation du projet qui date de 2010, la principale autrice Nancy Sullivan cite William Asare, membre d’une de ces associations culturelles :

« Voici l’histoire racontée dans une pièce que nous avons jouée [pour les partenaires du projet] : Un oiseau part à la recherche d’une proie pour se nourrir et finit par trouver un escargot, le prend dans son bec et s’envole sur une branche. De là, il commence à appeler d’autres oiseaux pour qu’ils viennent. Quand les autres oiseaux arrivent, il casse la coquille et mange l’escargot, puis il s’envole. Les autres se nourrissent de la coquille vide. Cette pièce et la chanson transmettent le message que tout est fait en notre nom, mais vous seul bénéficiez de la situation. Les partenaires reçoivent des fonds en notre nom, mais en font mauvais usage. Ils s’enrichissent sans faire quoi que ce soit pour nous. Nous avons joué cette pièce pour attirer l’attention des partenaires sur cette question.»

À ce moment-là, PwM utilisait déjà des supports imprimés et une émission de radio pour parler de la proposition de zone de conservation. Cependant, selon Lillian Bago, qui était chargé de programme à PwM entre 2006 et 2010, les documents imprimés « devenaient trop coûteux à produire, et le coût de leur transport de Port Moresby à Managalas augmentait chaque année. »

Par ailleurs, Bago fit cette remarque : « Lors des évaluations informelles réalisées au cours de mes visites, j’ai trouvé que les personnes n’étaient plus intéressées par les imprimés ni par le fait de les utiliser. Selon elles, l’impression de ces documents est du gaspillage parce qu’elles n’ont pas le temps de lire, entre autres raisons. » L’émission de radio a aussi produit un impact limité, car tout le monde ne possède pas de radio et la diffusion ne se faisait pas toujours dans des langues comprises par les locaux.

En 2010, la troupe de théâtre a été créée avec une formation dispensée par un expert de l’Université de Papouasie-Nouvelle-Guinée et a présenté sa première production la même année. Aujourd’hui, cela reste la méthode la plus importante et d’une portée considérable pour sensibiliser la population et diffuser des informations sur tout le plateau. C’est ainsi un élément essentiel des actions des partenaires locaux, régionaux et internationaux pour élaborer et mettre en œuvre le plan de gestion de la MCA, en permettant d’instaurer la confiance, d’augmenter la transparence et d’exécuter les engagements. Sur scène et dans la vraie vie, la pièce du développement de la MCA continue de se dérouler.

 


Pour plus d’informations sur ce projet, veuillez contacter William Unsworth (CIFOR-ICRAF): [email protected]